Survie

Djibouti : SALVES - Guelleh la bise

(mis en ligne le 1er juin 2005)

L’obstination de la juge Élisabeth Borrel, veuve de Bernard Borrel (ce coopérant français assassiné en 1995 à Djibouti), celle de ses avocats et de ses amis, ont infusé la détermination de la juge Sophie Clément, chargée d’instruire le dossier. Elle n’a pas hésité à convoquer comme témoin le dictateur-policier djiboutien Ismaël Omar Guelleh, récent vainqueur d’une mascarade électorale et lui aussi pressé de recevoir la bise de Jacques Chirac à l’Élysée. Lequel est tout aussi pressé de calmer l’hôte officiel de la plus grande base militaire française en Afrique. De plus en plus énervé. La convocation de la juge Clément a en effet contraint Guelleh à repartir comme la bise vers son pays, sans les habituelles communications congratulatoires. Autre gros sujet d’énervement : le journaliste David Servenay a fait passer sur RFI une longue et riche enquête sur l’affaire Borrel (voir À fleur de presse), laquelle est naturellement passée sur le site Internet de la station, avec l’aval du directeur de la rédaction. Et puis une bise venue de l’Élysée l’en a chassé : le retrait de l’article a été exigé et obtenu. Secouée par cette censure brutale, « l’assemblée générale des personnels, réunie à l’appel de tous les syndicats, a “exigé la remise en ligne dans les vingt-quatre heures de l’article”. Dans une motion votée à l’unanimité, l’AG “exprime sa défiance vis-à-vis de la présidence et de l’ensemble de la direction” ». David Servenay, lui, n’est pas étonné : « ce dossier Borrel est suivi comme le lait sur le feu par l’Élysée ». (Libération et L’Humanité, 20/05, Le Canard enchaîné, 25/05). Mais trop de bises suractive le feu.

François-Xavier Verschave

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 137 - Juin 2005
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