Survie

Togo, Juin 2005 - 7 : ILS ONT DIT - SPECIAL TOGO

(mis en ligne le 1er juin 2005)

« Permettez-moi de vous adresser mes félicitations et mes vœux de plein succès. Je formule le vœu que vous puissiez désormais concrètement mettre en œuvre l’ouverture politique ». (Jacques CHIRAC, message du 06/05 au fils Eyadéma, cité par Christophe Ayad dans Libération du 07/05)

Ce n’est même plus du cynisme, ce serait seulement pitoyable si ces paroles ne bénissaient la mort de centaines de Togolais.

Odile Tobner

« De toute façon, en Afrique, il n’y aura jamais d’élections de la qualité du Danemark ou de la Suède ». (Un « haut responsable » français, cité dans Libération du 07/05)

Ces propos sont à collecter dans notre bêtisier national au sujet de l’Afrique. D’abord il ne fallait pas dire « de la qualité du Danemark », ce qui n’a aucun sens, mais « de la qualité de celles du Danemark ». Ensuite, pourquoi le Danemark ou la Suède ? Pourquoi pas la France ? Par excès de modestie ? À cause de la théorie des climats, selon laquelle l’homme supérieur vient du froid, tandis que la chaleur dissout la moralité ? Ah, nostalgie, nostalgie ! Il y en a quand même qui avaient de bonnes idées ! Enfin qu’est-ce que ce stupide : « Il n’y aura jamais » ? On lit dans le marc de café ? On prend ses désirs pour des réalités ?

Odile Tobner

« [Faure Gnassingbé] ne partage en rien les convictions politiques de son père. [... Il faudra cependant] peser sur le président fraîchement élu pour qu’il fasse des gestes d’ouverture. [...] Mais évidemment, il ne faut pas que les opposants jouent la politique du pire ». (idem)

En quoi Faure est-il l’opposé de son père ? Il ne fait pas de coup d’État ? Il ne truque pas les élections ? Il ne commande pas de sanglante répression des opposants ? On ne peut avoir plus pathétique dénégation du réel que dans ce « en rien ». On est déphasé, mais on se flatte quand même naïvement de « peser » sur le pouvoir togolais et on pousse l’arrogance jusqu’à admonester les opposants, qui ne doivent pas s’opposer à la force, ce qui serait « la politique du pire ». Avec de « hauts responsables » de ce calibre, la politique africaine de la France n’a rien à envier, en finesse, en habileté, en prescience, à celle de Poutine dans l’ex-empire soviétique. On peut compter sur les ex-empires gouvernés par des aveugles pour que le pire soit sûr.

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 137 - Juin 2005
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