Survie

Boubacar Boris Diop, Odile Tobner et François-Xavier Verschave NÉGROPHOBIE

(mis en ligne le 1er juillet 2005)

Réponse aux « négrologues », journalistes françafricains et autres falsificateurs de l’information. Éd. Les arènes, 16 juin 2005, 200 p. environ. Disponible à Survie dès le 10 juin. Prix en librairie : 19,80 €

Dès lors qu’il s’agit d’un pays d’Afrique « noire », la République se croit tous les droits. Et d’abord celui de mentir. Pour la Françafrique, l’information est une arme comme une autre. De RFI au Monde, son traitement est surveillé, filtré, parfois même organisé. Au plus haut niveau, la République est passée maître dans l’art de biaiser l’information, à coup de vrais-faux scoops, de rideaux de fumée et de sources privilégiées. L’un de ces « ingénieurs de l’âme » s’appelle Stephen Smith. Responsable de la rubrique Afrique au Monde jusque fin 2004, après avoir tenu celle de Libération, il est l’auteur d’un best-seller inquiétant, Négrologie. Ce livre ressuscite les pires clichés coloniaux – sur les Africains, naturellement cruels, qui « se bouffent entre eux » (sic) – dans un salmigondis de statistiques tombées de nulle part et de prose apocalyptique. Stephen Smith accompagne la métamorphose de la Françafrique. Car la République installe désormais ses comptoirs et ses réseaux, profitables et protégés, au milieu d’un chaos politique et économique dans l’avènement duquel elle porte une lourde responsabilité. Quand elle ne se glisse pas derrière les fauteurs de trouble. Trois auteurs ont mêlé leurs plumes pour répondre à ces écrits de mauvaise augure. Ils décortiquent le discours pervers de Négrologie. Ils décryptent dix ans d’information maligne, à Libération et au Monde. Ils défendent l’honneur des Africains face à tous ceux qui jouent avec le feu du racisme pour mieux masquer la face honteuse de la République.

Déphasage

Invités dans « Charivari » le 31 mai 2005 sur France Inter pour la promotion de ce dernier opus, S. Smith et A. Glaser ont une énième fois ressassé leur ritournelle : « En gros, on constate aujourd’hui les difficultés de la France en Côte d’Ivoire et au Togo, mais c’est un déphasage, la Françafrique dont on parle, elle est morte. Elle est morte depuis longtemps, depuis 1994 à peu près si on peut mettre une date. ». Mais obligés, par l’actualité connue de tous, de faire référence au rôle de l’Élysée dans le coup d’État au Togo, les deux auteurs ont visiblement semé le trouble malgré eux dans l’esprit du présentateur qui les accueillait, visiblement très mal informé sur la question de la Françafrique et plutôt bien disposé à accréditer la thèse de ses invités. Frédéric Bonneau n’a en effet pas pu s’empêcher de conclure l’émission par cette phrase : « Vous savez, en vous écoutant tous les deux, je me dis que la Françafrique c’est fini, mais que les mauvaises habitudes persistent… » La force d’inertie, sans doute. [VS]

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 138 - Juillet Aout 2005
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