Survie

Congo Brazzaville : ’Dictature en quête de respectabilité’

(mis en ligne le 1er juillet 2005)

Le gouvernement de Brazzaville vient d’allouer un budget de 2,1 milliards de FCFA pour une régate de Marseille à Pointe Noire [cf. À fleur de presse]. Cette décision avait été prise le 14 janvier 2005 lors d’un conseil des ministres. Ce sport inconnu et non pratiqué au Congo a suscité une grande communication au sein des médias congolais. Le cabinet présidentiel, sous le pilotage de la fille du dictateur : Claudia Sassou Lemboumba en a été l’instigateur et le donneur d’ordres. Elle avait en son temps annoncé à grands renforts de publicité la participation de 25 voiliers, donc une course de très haut niveau.

Alors que le départ de cette régate a été un bide à Marseille, 5 voiliers seulement étaient au départ. Les militants de Survie 13 ont gâché la fête et fait fuir le premier ministre congolais Isidore Mvouba, en y dénonçant la collusion Sport Dictature, une opération de marketing au profit de Sassou, responsable des disparitions au Beach de Brazzaville. Pour recevoir les 5 régatiers à Pointe Noire, un village de pécheurs plus que cinquantenaire a été totalement détruit sur le littoral. Une part importante de l’économie informelle de cette ville disparaît de ce fait. Des Congolais sont une fois encore jetés dans la rue pour le bon plaisir du “Cobra en chef”. Mais les bases des compagnies pétrolières dernières arrivées et voisines de ce village, ont été préservées. En lieu et place sera bâti le stand d’arrivée et de réception du dictateur. Il faut des grands espaces pour M. Sassou et la proximité du peuple le dérange. Et l’immédiat et le devenir de ses populations lui importe peu.

Alors que des fonds manquent pour la reconstruction d’écoles et de dispensaires pour les jeunes de ce pays en particulier ceux du Pool qui ne sont plus allés à l’école depuis 1997 et la réinsertion de ceux qui ont été “milicianisés”. Le dictateur Sassou soigne sa communication pour se faire une virginité et faire oublier son coup d’État et les crimes contre l’humanité vis-à-vis de son peuple.

Voilà encore une autre facette de la Françafrique, pour mieux avilir et paupériser une population et capter les matières premières : créer des faux rebelles puis les rendre fréquentables par le suffrage universel ; et surtout trouver des artifices pour mieux piller les caisses de l’état.

Benjamin Moutsila

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 138 - Juillet Aout 2005
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