Survie

Dette ou développement

(mis en ligne le 1er juillet 2005)

Selon le rapport du SIPRI (Institut International de Recherche pour la Paix à Stockholm) de juin 2004, 20 % de la dette des pays du Sud correspond à des achats d’armes, vendues à 90 % par les cinq membres du conseil de sécurité de l’ONU. Inutile de préciser que ces dépenses se substituent à celles qui permettraient de satisfaire les besoins fondamentaux des populations (eau, nourriture, éducation, santé). Selon le rapport de cette année, « Les dépenses militaires mondiales ont augmenté de 8 % pour dépasser les 1.000 milliards de dollars en 2004, dont près de la moitié pour les États-Unis [...] La taille des principaux fabricants d’armes dans le monde a « énormément » augmenté, principalement par le biais d’acquisitions, et ces entreprises sont aujourd’hui comparables à certaines des plus grandes multinationales. Le chiffre d’affaires total des cent principales sociétés d’armement est équivalent au PIB des 61 pays les plus pauvres au monde, écrit le SIPRI. L’institut a déploré que, de manière générale, « seule une quantité limitée d’informations (soit) disponible sur les ventes commerciales d’armes à travers le monde » et a appelé les gouvernements à exiger davantage de transparence. » (Le Soir, 07/06) Des données qui relativisent fortement la volonté politique supposée des grandes puissances de parvenir aux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) fixés par l’ONU. Et on doute que les exhortations de Koffi Annan au « monde des affaires » à lutter contre la pauvreté suffise à changer la donne… (Un rapport commandité par différentes institutions vient d’ailleurs fort opportunément de désigner les changements climatiques comme seuls responsables d’un échec annoncé.) De quoi relativiser également les récentes promesses d’ « annulation » de la dette, faites par le G8. Comme les mesures précédentes, le projet préparé, qui ne concerne par ailleurs qu’une vingtaine de pays, soit moins de 10 % des habitants des pays du Sud, ne vise pas à annuler la dette, mais à l’alléger d’une fraction qui n’aurait de toute façon pas pu être payée. Il s’agit bien de garantir la pérennité des remboursements au profit des créanciers privés (d’ailleurs seule la part multilatérale de la dette, détenue par la Banque Mondiale et par la Banque africaine de développement est concernée) et la poursuite du cycle infernal de l’endettement, et des prêts détournés ou dilapidés, notamment par l’achat de nouvelles armes. Enfin, selon le CADTM (Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde), qui qualifie ces effets d’annonce de « supercherie », « ces allégements sont à chaque fois conditionnés par la poursuite de l’ouverture progressive des économies du Sud aux intérêts des transnationales du Nord. Les pays créanciers exigent la poursuite des mesures de privatisation des services publics et des ressources naturelles des pays endettés. » Bref, nihil novi sub sole de ce côté-là.

Victor Sègre

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 138 - Juillet Aout 2005
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