Survie

Gabon : A fleur de presse - Juillet 2005 - Françafrique

(mis en ligne le 1er juillet 2005) - Guillaume Olivier

AFP, À 7 mois du scrutin présidentiel au Gabon, la population grimpe de 49,8 %, 11/05 : « À sept mois du scrutin présidentiel, le verdict étonnant du dernier recensement de la population du Gabon, qui propulse ce pays notoirement sous-peuplé au rang de champion de la croissance démographique, n’en finit pas de susciter questions et soupçons. Claironné en "une" du quotidien gouvernemental L’Union au lendemain du conseil des ministres du 16 mars, le résultat brut de l’inventaire dressé par les agents du ministère du Plan en a surpris plus d’un. Ainsi, le Gabon comptait très officiellement au 31 décembre 2003 un total de 1 520 911 habitants, contre 1 014 976 en 1993. Sa population a donc enflé de 49,8 % en dix ans, soit une progression de près de 5 % par an qui en fait un des numéros un africains de la spécialité ! De quoi faire sursauter experts et statisticiens, incapables de fournir un début d’explication à ce grand bond en avant de la fertilité gabonaise.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) établit en effet à 2,6 % le taux de croissance annuelle de la population sur la période 1992-2002 et fixe à 1 306 000 le nombre de ses habitants. Idem pour la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), qui l’arrondissent à 1,3 million. D’où une certaine perplexité et pas mal d’interrogations. "Sommes-nous envahis ?", s’est moqué le journal satirique Le Nganga dans sa livraison du... 1er avril. "Ce chiffre est très surprenant. On se pose des questions, pour l’heure sans réponse", relève un observateur international. Faute de détails en provenance d’un ministère du Plan d’une discrétion exemplaire sur la question, les regards se sont tournés vers la Cour constitutionnelle, chargée de contrôler et, le cas échéant, de rectifier les chiffres du recensement. Au vu de son arrêt du 17 février, dont l’AFP a obtenu un exemplaire, la plus haute juridiction du pays n’y est pas allée de main morte. Les neuf "sages" ont ainsi grossi de 247 953 habitants la copie rendue par les enquêteurs du Plan, qui n’en avaient dénombré que 1 269 732. »

Cette prolifération démographique gabonaise en aura surpris plus d’un. De toute évidence il ne s’agit pas d’un étonnant record de fertilité, mais bien d’une falsification des chiffres démographiques à des fins évidentes. De nombreux experts considèrent que le Gabon a délibérément surestimé sa population pour réduire son revenu moyen par habitant et devenir éligible aux aides de la communauté internationale tout en opérant une manipulation des listes électorales dans la perspective des élections présidentielles de décembre 2005. En somme, près de 250 000 électeurs fictifs pourraient tomber en toute ‘‘légalité’’ dans l’escarcelle du président Omar Bongo lui assurant dores et déjà un pourcentage non négligeable de voix en prévision des prochaines élections présidentielles. Après les fraudes électorales massives observées lors de la dernière élection présidentielle au Togo avec la découverte de plus de 900 000 électeurs fictifs au service de la dictature françafricaine d’Eyadéma-fils (selon un rapport confidentiel de l’Union Européenne), tout semble avoir été mis en place au Gabon pour verrouiller le résultat du scrutin présidentiel en amont. Sans parler, comme au Togo, des plus classiques vols et bourrages d’urnes.

À l’instar du Togo, il est fort probable que ce qui s’annonce comme un simulacre d’élection, au profit de l’un des nombreux dictateurs-gouverneurs mis en place par la France dans son pré-carré africain au lendemain des prétendues ‘’indépendances’’, recevra le soutien sans faille des plus hautes autorités de l’État français et de ses relais internationaux.

Guillaume Olivier

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 138 - Juillet Aout 2005
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