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Algérie : Repères sur... le GSPC :Groupe salafiste pour la prédication et le combat

(mis en ligne le 1er septembre 2005) - Lounis Aggoun

L’assassinat des deux diplomates algériens à Bagdad tombe donc à pic pour relancer l’hypothèse de la filiation entre le GSPC et Al-Qaïda - qui se dérobe à la raison avec la même obstination que celle que met le DRS à l’établir. La propagande en voudrait pour preuve que le GSPC est présumé avoir félicité Al-Qaïda pour le « succès » de cette opération qui frappait cet allié du Satan américain qu’est le pouvoir algérien. Pour donner plus de corps à l’argument, la presse algérienne - bien documentée par le DRS comme de raison -, annonce qu’« Al-Zarkaoui, l’un de ses membres les plus actifs, aurait [même] séjourné en Algérie » [La Tribune, 23/07]. Allez donc démentir un tel scoop !

Rappelons pour mémoire que c’est au travers du cadavre d’un Yéménite présumé - révélation faite 2 ans après la mort présumée de celui-ci -, membre présumé d’Al-Qaïda, que l’on annonçait en 2003 le lien présumé entre le GSPC et l’organisation d’Oussama Ben Laden. Il serait venu en Algérie pour établir les premiers contacts. Les versions contradictoires proposées alors par le DRS ont conduit la presse à abandonner cette piste, cousue de fil blanc... sans pour autant remettre en cause la filiation GSPC-Al-Qaïda : le chaînon était manquant mais le DRS n’allait pas manquer de sortir de derrière les fagots quelque autre scénario moins confus que la presse se chargerait ensuite de transformation en vérité immaculée.

Ce scénario survient avec l’épopée Amara Saïfi - alias Abderrazak el-Para - dans le Sahara, contrarié encore une fois par l’arrestation intempestive de celui-ci par la résistance tchadienne dans le Tibesti [Voir Le Club des pins... et Saïfi, Belkheir, Bush et les autres, in Billets n° 137 et 138]. Plus récemment, c’est Le Monde [26/06] qui tente d’établir la jonction entre ces deux organisations terroristes. Faisant intervenir d’anonymes « services français », le quotidien évoque un courrier que les services secrets américains auraient intercepté où le GSPC demandait à Al-Qaïda de demander la libération de Amara Saïfi détenu par les services secrets algériens. Puis, patatras, une mauvaise communication entre services semble avoir conduit les Américains à dater ce courrier du 24 octobre 2004, date à laquelle Amara Saïfi était encore entre les mains des rebelles tchadiens. De surcroît, l’émissaire présumé du message, Abdelmalek Droukdal « aurait été tué, selon un communiqué du ministère de la Défense algérien du 20 juin 2004 [1] ». Si la bavure de ce document faisandé met en évidence l’étroite collusion entre services algériens, français et américains pour monter en épingle un terrorisme algérien que démentent quotidiennement les faits, la preuve de la filiation entre le GSPC et Al-Qaïda s’évapore de nouveau ; mais ce n’était que partie remise.

Lounis Aggoun

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 139 - Septembre 2005
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