Survie

G8 : les promesses et les mensonges ne coûtent pas cher...

(mis en ligne le 1er septembre 2005)

C’est désormais une tradition : à chaque nouvelle réunion du G8, les proclamations grandiloquentes sur la lutte contre la pauvreté en Afrique abondent, reprises sans sourciller par la plupart des médias bien peu soucieux de vérification ou de comparaison d’un G8 à l’autre.

L’annulation de la dette a été annoncée tellement de fois qu’on se demande comment elle peut continuer à croître encore, passant de 89 milliards de dollars en 1980 à 250 en 2003. Pour chaque dollar emprunté, l’Afrique en a remboursé 4 et en doit encore 2,5. Renseignements pris, les promesses d’élimination de « 100 % de la dette des pays les plus pauvres » (Georges Bush dès le 7 juin) ne concernent que 18 pays, peut-être 20, soit 5 % de la population des pays dits « en voie de développement ». En outre, toutes les promesses d’annulation antérieures se sont révélées partielles (seule une fraction considérée comme impossible à rembourser était annulée) et assorties d’obligations économiques libérales qui ne faisaient qu’aggraver le dénuement des populations. Les remises de dette pourraient se chiffrer entre 40 et 50 milliards de dollars, mais leur valeur réelle est tout autre. Par exemple, pour estimer la valeur réelle de la dette des Pays Pauvres Très Endettés (qui peuvent faire l’objet de transactions et de spéculation), les États-Unis effectuent une décote de 92 % ! Enfin les dernières déclarations ont été faites sans consultation des autres créanciers de la Banque mondiale (BM), de la Banque africaine de développement (BAD) et du Fond monétaire international (FMI), si bien que la Belgique, la Suisse, la Norvège et les Pays-Bas viennent d’annoncer leur opposition et leur intention de réunir une minorité de blocage au FMI. On est donc loin des effets d’annonce initiaux.

L’Aide publique au développement (APD) engendre la même hypocrisie des puissants et la même duplicité des médias. Le sommet de Gleneagles s’est achevé sur la promesse d’une augmentation de l’APD de 50 milliards de dollars d’ici 2010 (pour passer à 0,5 % du Revenu national brut (RNB), soit un doublement de l’APD actuelle (0,25 % du RNB). Mais souvenons-nous que c’est en 1970 que les mêmes avaient promis de porter l’APD à 0,7 %. Non content de passer sous silence les promesses non tenues, certains se sont même inquiétés de cette débauche de générosité.

Cautionnement. Le journal télévisé de 20h de France 2 du 4 juillet, croyant faire œuvre pédagogique sans doute, a ainsi rappelé que c’est 1250 milliards qui avaient été « déversés » sur l’Afrique entre 1958 et 2002. Et de s’inquiéter de l’incapacité des Africains à s’en sortir malgré cela, inévitable interview de Stephen Smith à l’appui... Outre que 1250 milliards ne constituent jamais que l’équivalent de 15 mois de dépenses d’armement sur la planète, il n’est sans doute pas inutile de rappeler que l’APD est une vaste escroquerie. Sont chiffrées comme APD les remises de dette (souvent contractées par des achats d’armes, par ailleurs), sans qu’aucune somme nouvelle ne soit déboursée. Par exemple, 15 milliards de dollars par l’annulation de 80 % de la dette irakienne pour le cas présent. L’APD inclut également les nouvelles créances, les aides « stratégiques » dictées par des considérations géopolitiques plus qu’humanitaires et les « aides liées » (obligation d’achat dans les pays donateurs avec les sommes reçues, soit une subvention déguisée aux multinationales du Nord). Quand on retire enfin le budget de fonctionnement des aides (20 à 25 %) qui est dépensé au Nord et la part importante qui s’évapore en corruption (au Sud comme au Nord), il reste finalement très peu de chose pour les peuples qui en ont réellement besoin. Rappel : moins de 4 % de l’APD sert réellement à lutter contre la grande pauvreté.

Pour finir, les subventions à l’exportation sur les produits agricoles, qui ruinent les agriculteurs africains par une concurrence déloyale, seront peut-être supprimées « à une date crédible ». Admirable précision de l’engagement !

Si les représentants de l’UA ont cautionné cette mascarade, au premier rang desquels Olusegun Obasanjo qui a salué un « grand succès pour l’Afrique », la réunion des mouvements sociaux au même moment à Fana au Mali, pour le 4ème Forum des peuples n’entendait pas se satisfaire éternellement de promesses qui ne dépassent jamais le stade de la charité intéressée. Nul doute que c’est à Fana plutôt qu’à Gleneagles que réside l’espoir pour un changement de logique économique et politique.

Victor Sègre

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