Survie

Togo : mission d’enquête pour des prunes ?

(mis en ligne le 1er septembre 2005)

Le 10 juin dernier, la Haut commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme (HCDH), Louise Arbour, a annoncé l’envoie d’une mission d’enquête au Togo « sur la situation au Togo entre le 5 février et le 5 mai (2005), en relation avec le scrutin présidentiel du 24 avril » : cette mission, arrivée à Lomé le 13 juin, en est repartie le 25. Elle devait très rapidement adresser son rapport à la Haut commissaire, laquelle devait en rendre publiques les conclusions et recommandations. Sept semaines plus tard, du côté du HCDH, silence radio. Nous avons pris contact avec le bureau du porte-parole du Haut commissariat, José-Luis Diaz, pour connaître la date de la publication du rapport. Réponse : pas avant plusieurs semaines. Et quelles sont les raisons d’un tel retard ? Notre interlocutrice (Monsieur Diaz est en congé) a répondu : « Ils sont en train de finaliser le rapport ». Constatons qu’ils ne sont pas rapides. En raison d’informations - venant de sources fiables - selon lesquelles l’accouchement du rapport posait problème, nous avons demandé s’il était exact que les membres du Conseil de sécurité discutaient de l’opportunité de sa publication, et s’il était exact que le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, serait réticent en ce qui concerne sa publication. La dame affirme n’en rien savoir...

Selon nos informations, le rapport de la mission du HCDH est entre les mains de Louise Arbour et de Kofi Annan depuis plusieurs semaines. C’est ce qu’affirment, depuis notre appel à Genève, d’autre sources, d’une fiabilité incontournable (mais sous couvert d’anonymat). Elles ajoutent que la publication du rapport dans son intégralité est peu probable, au même moment où des sources diplomatiques l’annoncent (sans commentaire quant au contenu) pour au plus tard mi-septembre.

Décidément, le peuple togolais n’intéresse pas grand monde. À la suite de la Cédéao, de l’Union européenne, l’ONU s’y met ? Un scandale de plus à l’horizon ? Si c’est le cas, il ne pourra être question de le laisser passer.

Remarquons au passage la déclaration du ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, qui affirme que les principes qui guident l’action de la France en Afrique « sont clairs : respect du socle démocratique qu’est l’élection » [Le Parisien, entretien, 12/08]. Comme au Togo Monsieur le ministre ? Une place pour les principes, beaucoup de place pour des exceptions.

Sharon Courtoux

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 139 - Septembre 2005
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