Survie

Alerte aux Comores

(mis en ligne le 1er octobre 2005) - Pierre Caminade

Les accumulations de provocations politiques, par le colonel-président Azali cette année (fonctionnaires impayés, etc.), viennent d’atteindre leur paroxysme : en augmentant brutalement de 40 % (l’essence) à 71 % (gazole) le prix de produits pétroliers, Moroni a mis le feu aux barils. Immédiatement Ngazidja, l’île de la capitale, a été le siège de manifestations momentanément interrompues par intervention de l’armée, qui a tiré à balles réelles (bilan indéterminé, au moins un mort). Azali est alors à l’abri en France. S’il est certain que tout cela est calculé, la stratégie sous-jacente est sujette à diverses interprétations. Au cœur de la question, le système électoral mis en place par la Constitution adoptée le 23 décembre 2001 impose que la présidence de l’Union est « tournante », île par île. En avril 2006, le jamais-élu Azali doit donc enfin partir. Des trois présidents d’île, deux sont parmi ses opposants, dont celui de Ngazidja. L’hypothèse la plus immédiate est qu’Azali suscite sciemment la "chienlit" pour provoquer un état de siège sur lequel il s’appuiera pour ce cramponner au pouvoir en reportant les élections aux calendes grecques. C’est une technique qu’il a éprouvée. Mais on pourrait aussi douter qu’il cherche à porter ouvertement le chapeau du report des élections, et espère subtilement que ce soit l’exécutif de l’île d’Anjouan qui fournisse une (autre) occasion à ce report. En effet, le président-affairiste d’Anjouan, Mohamed Bacar, s’arrangerait bien de savourer jusqu’en 2007 sa présidence d’île, avant de prendre comme il l’escompte la présidence de l’Union. Azali peut-il vraiment espérer maîtriser un scénario aussi fragile ? La première hypothèse a notre faveur, un comportement caricatural n’ayant jamais dissuadé notre putschiste. En tout cas, si Azali se permet un tel comportement, c’est qu’il a au moins obtenu le "feu orange" de l’Élysée, ce qui tombe plutôt bien considérant les concessions qu’il a faites à la France sur Mayotte.

Pierre Caminade

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 140 - Octobre 2005
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