Survie

Gabon : Bongo en campagne

(mis en ligne le 1er octobre 2005) - Victor Sègre

Non content d’avoir, selon des méthodes éprouvées, gonflé les listes électorales, verrouillé la nomination des présidents des commissions électorales, suspendu la parution du journal indépendant Le Messager, et imposé un changement d’équipe éditoriale en préalable à la reparution de ce dernier, le doyen des dictateurs françafricains « veut faire taire l’opposition gabonaise à Paris » [Le Monde, 21/09]. Un vœu anticipé par la préfecture de Paris qui a interdit un rassemblement du mouvement d’opposition en exil Bongo doit partir - Gabon nouveau (BDP), prévu (et préalablement autorisé, selon les organisateurs) pour le 15 septembre. Bongo l’avait annoncé : « Tout doit se passer dans le calme, dans la sérénité et dans l’ordre. » [AFP, 16/08] Surtout dans l’ordre... Or manifester à Paris contre une dictature soutenue par la France implique, selon la préfecture, un « risque d’affrontements et de troubles grave à l’ordre public ». Bongo a également demandé « à la France la liste de ces opposants pour leur interdire toute action politique avant la campagne » et « suggéré à son ministre de la Sécurité publique et de l’immigration d’envisager le retrait des passeports et l’interdiction d’attribution du visa de sortie à tous les leaders politiques qui en feraient la demande » [Panapress, 19/09]. Si Bongo « a carrément disjoncté » [Libération, 21/05], ce n’est pas tant de prétendre recourir à de menus services que de laisser entendre au grand jour qu’ils sont monnaie courante... Si, malgré ces prudentes précautions, Bongo ne réussissait pas à étouffer toute contestation de sa prochaine "réélection", il pourra toujours compter sur ses accords de coopération. Parmi les trois nouvelles conventions de partenariat signées en août 2004 entre la France et le Gabon, l’une d’elles, selon le communiqué officiel de l’époque, vise à « faciliter la montée en puissance de la gendarmerie mobile pour prévenir tout trouble à l’ordre public susceptible d’intervenir dans le pays à court ou moyen terme ». À l’occasion d’élections trop manifestement truquées, par exemple ? On vient de voir au Togo ce que signifie ce type de « maintien de l’ordre ».

Victor Sègre

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 140 - Octobre 2005
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