Survie

Libéria : A fleur de presse - Octobre 2005 - Mondialisation

(mis en ligne le 1er octobre 2005)

RFI, Liberia : Le pays sous tutelle économique internationale, Monique Mas, 14/09 : « Après un dernier baroud d’honneur du président intérimaire Gyude Bryant, le gouvernement a finalement entériné le Programme d’assistance à la gestion économique et à la bonne gouvernance (Governance economic management assistance program, Gemap) imposé par les bailleurs de fonds en échange de leurs subsides. Ce programme vise à contrôler l’ensemble des flux économiques pendant au moins trois ans. [...] Dans cet objectif, des experts étrangers seront postés dans les ministères et les entreprises stratégiques, ce qui hérisse nombre de politiciens, issus des factions qui se sont disputés les richesses nationales, à coup de canons, quatorze ans durant. [...] Depuis 2002, le Fonds monétaire international (FMI) réfléchissait à la question de la reconstruction. Réunis au début de l’année dernière pour faire le point, les donateurs ont sourcillé devant les 500 millions de dollars minimum requis. Nul ne pariant un sou sur la capacité des anciens seigneurs de la guerre à se recycler dans le bon management, les Nations unies, les États-Unis, l’Union européenne et la Banque mondiale ont concocté le fameux Gemap pour avoir des yeux partout, tenter de vertébrer, voire de redonner un contenu aux infrastructures administratives tout en reconstruisant physiquement le pays. Les experts internationaux en doublures des titulaires. La formule est différente de celle des années quatre-vingt-dix, qui avait vu les institutions de Bretton Woods placer leurs hommes jusque dans les conseils des ministres des pays africains soumis aux Plans d’ajustement structurel (PAS), la panacée de l’époque. Au Liberia, les experts internationaux serviront de doublures aux titulaires nationaux qu’ils seront chargés d’encadrer, de former, et, en fin de compte, de sélectionner. En échange de cet abandon de souveraineté, les bailleurs de fonds dispenseront leur aide, goutte à goutte. » [Le Liberia est actuellement en campagne électorale, mais on voit mal dans ces conditions en quoi le vote des électeurs aura une quelconque incidence en matière de choix économiques. Pour conjurer le risque de reprise de la guerre civile, les grandes puissances et les institutions financières internationales sont aussi promptes à prendre les commandes des pays endettés qu’ils l’ont été à encourager la corruption, les politiques prédatrices... et surtout le déclenchement du conflit dans ces pays ! Le système a de beaux jours devant lui.

Victor Sègre

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 140 - Octobre 2005
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