Survie

Tchad : silence de la France et de l’Union Européenne

(mis en ligne le 1er octobre 2005)

Les lecteurs de Billets auront pris connaissance de la Lettre ouverte adressée au ministre français des Affaires étrangères, au commissaire européen au Développement et au président de la Banque Mondiale [BM, concernée au titre de l’oléoduc évoqué salve suivante], le 28 juillet dernier, au sujet de la dégradation de la situation au Tchad, de l’arrestation suivie de l’emprisonnement de plusieurs journaliste indépendants, ainsi que du discours du 14 juillet de l’ambassadeur de France au Tchad, véritable feu vert pour les agressions contre la liberté de la presse du président tchadien Idriss Déby [Billets n° 139]. À ce jour, ce courrier n’a reçu qu’une seule réponse, celle, en date du 16 août, de la BM [consulter sur www.survie-france.org]. La Banque, que nous aimerions voir agir avec plus de fermeté sur les questions que nous estimons prioritaires, nous a pourtant répondu sans tarder. Six semaines plus tard, le ministre français et le commissaire européen semblent ignorer cette lettre signée, rappelons-le, par une quarantaine d’ONG africaines, américaines et européennes. Les organisations de défense des droits de l’Homme jointes à N’djaména nous confirment que Reporteurs sans frontières (RSF), qui s’est rendu au Tchad, a été reçu par le Président Déby, qui aurait tenu des propos rassurants au sujet des journalistes incarcérés : la plupart de ces derniers seraient libérés à la suite d’une audience du tribunal programmée pour le 26 septembre. Cette audience, annoncée initialement pour le 22/07, a été reportée en raison d’une grève des greffiers. Les magistrats, informés de ces "développements", seraient fort agacés de constater que "le président a déjà délibéré." Selon d’autres sources crédibles, une amicale pression étrangère, française en l’occurrence, aurait été exercée sur Idriss Déby pour qu’il évacue ce « problème » du paysage afin de mieux l’occuper. En gros : « Monsieur le Président, museler la presse indépendante est autorisé, mais il faut s’y prendre discrètement afin que l’exercice ne soit pas placé sous le feu de la rampe. Libérez donc ces journalistes et nous pourrons répondre aux obsédés de la démocratie (pour laquelle vous n’êtes pas encore mûr) que vous êtes un brave homme. » Comme nous le fait remarquer un démocrate tchadien, c’est cousu de fil blanc. Ajoutant que la libération, le 26 septembre, des journalistes incarcérés, si elle est confirmée, ne garantira pas leur future tranquillité. Quant à l’Union Européenne, il ne semble pas qu’elle ait un avis à exprimer qui ne colle étroitement au leadership hexagonal en la matière. Dernière minute : Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que les 4 journalistes incarcérés ont été remis en liberté par la cour d’appel de N’Djaména. Le président de la cour a cependant averti l’un d’entre eux, Garondé Djarma, qu’il restait considéré comme coupable en dépit de la relaxe. Curieuse justice... Nous en saurons plus dans les temps qui viennent. Une autre information, arrivée ce jour, reste à confirmer : elle concerne l’arrestation du directeur d’une radio privée tchadienne, journaliste d’origine iranienne résidant au Tchad depuis plusieurs décennies, qui serait menacé d’expulsion.

Sharon Courtoux

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 140 - Octobre 2005
Les articles du mensuel sont mis en ligne avec du retard. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez-vous
Pour aller plus loin
a lire aussi