Survie

Togo, Cameroun : Déontologie

(mis en ligne le 1er octobre 2005) - Odile Tobner

« Le président de l’Union internationale de la presse francophone (UPF), Hervé Bourges, a été reçu [le 1er septembre] par le chef de l’État togolais, Faure Gnassingbé. "Nous avons remercié le président de la République de bien vouloir accepter d’accueillir en novembre les assises de l’Union", a déclaré à la télévision nationale M. Bourges. Les 37èmes assises de l’UPF se tiendront du 3 au 8 novembre prochain au Togo sur le thème : Pluralisme et déontologie : liberté et responsabilité des journalistes. » Cette information recueillie sur un site officiel du Togo, francophoniquement dénommé republic-of-togo, est assortie d’une photo montrant Bourges plongé dans la lecture du journal gouvernemental Togo-Presse, avec, à la une, un portrait de feu Eyadema, surtitré « Gnassingbé Eyadema, le phenix de notre temps ». La fine fleur du journalisme. Bourges a toujours débordé de servilité pour les Africains au pouvoir. « Remercier d’accueillir » aurait été trop sec, « remercier d’accepter d’accueillir » courbait déjà l’échine mais « remercier de bien vouloir accepter d’accueillir », c’est carrément la carpette. Bourges a appris à servir les dictatures africaines à Yaoundé au Cameroun. Il y a fondé et dirigé, de 1970 à 1976, une école de journalisme dont l’installation était financée par la France, dans un pays sans médias autres que ceux du pouvoir. Le premier journal indépendant, Le Messager, est créé en novembre 1979 par Pius Njawe, vendeur de journaux, qui n’a jamais suivi la moindre école de journalisme, mais qui a de la colère et du courage. Fin 1970 se déroule à Yaoundé le procès d’Ernest Ouandié, chef de l’UPC et de Mgr Albert Ndongmo, accusé de complot. Le procès, grossièrement manipulé [1], est suivi de l’exécution en place publique d’Ernest Ouandié en janvier 1971. Dans les années 70, au Cameroun, les opposants disparaissaient sans autre forme de procès et allaient croupir dans d’innommables bagnes, comme le trop célèbre camp de Tcholliré. Bourges, lui, a fait une très belle carrière de « tiers-mondain », comme l’appelle spirituellement Le Canard enchaîné.

Odile Tobner

[1Voir le récit de cet épisode dans Mongo Beti, Main basse sur le Cameroun, La Découverte (première édition Maspéro 1972).

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 140 - Octobre 2005
Les articles du mensuel sont mis en ligne avec du délai. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez-vous
Pour aller plus loin
a lire aussi