Survie

Djibouti - affaire Borrel : Ils ont dit...Françafrique

(mis en ligne le 1er novembre 2005) - Claude Chenaud, Mariama Keïta

« Je pense que ce ne sont pas que des impératifs diplomatiques qui expliquent les obstructions que nous connaissons dans ce dossier [de l’assassinat du juge Borrel à Djibouti] depuis dix ans [... il y a eu des] obstructions de Mme Alliot-Marie, mais auparavant aussi, la mise en scène qui avait été faite à Djibouti. Ensuite la disparition du dossier à l’hôpital militaire Boufar à Djibouti ; la disparition des radios notamment, où l’on aurait certainement vu le trou au crane, immédiatement. [...] S’il y a de telles obstructions, c’est que des Français sont en cause. [...] J’aimerais que les documents soient déclassifiés [...] il y a notamment une liste de produits chimiques, qui est au dossier depuis des années, dont j’avais demandé à Monsieur Parlos [le troisième juge nommé sur ce dossier] le 5 juillet 2000 une expertise, qu’il n’a pas ordonnée, mais qui a été ordonnée l’année dernière par Mme Clément au mois de novembre. [...] Mon mari détenait une copie d’un document concernant des produits qui sont de l’uranium enrichi, avec des entreprises, qui sont en Europe, et qui commercialisaient ces produits. Or la brigade criminelle, quand on lui a demandé de faire une enquête sur ces entreprises, a communiqué directement les questions du juge d’instruction aux entreprises concernées ! Ce qui est quand même une manière assez particulière de mener une enquête criminelle ! [...] On a proposé à mon mari, à destination de son ministre, de l’uranium enrichi. Mon mari est allé le proposer à son ministre, et moi, après son décès, j’ai retrouvé cette liste. Et ça fait des années qu’on demande cette expertise. [...] Comment se fait-il que ce problème là ne soit pas apparu dans les documents classifiés ? » (Élisabeth BORREL, veuve du juge assassiné à Djibouti en 1995, interviewée sur France culture, le 18/10). [Le mercredi 19 octobre 2005, jour du 10ème anniversaire de l’assassinat du juge Bernard Borrel à Djibouti, Mme Borrel, ses proches et ses conseils tenaient une conférence de presse. Le lundi précédant, Libération avait publié la liste des 50 premières personnalités qui ont signé « l’appel collectif pour la vérité dans l’affaire Bernard Borrel ». Après la diffusion du documentaire du magazine 90 minutes « Révélation sur un suicide impossible ». Mme Borrel, ses avocats et les membres du Syndicat de la Magistrature se sont relayés pour faire le point sur les trois procédures du dossier Borrel. La procédure principale, instruite à Paris par Mme la juge Sophie Clément (5ème juge en charge de ce dossier) concerne les causes de l’assassinat du juge. À Versailles est instruite une procédure de subornation de témoins, relative aux pressions exercées notamment sur les témoins djiboutiens Ali Iftin et Aloumekani Saleh. La dernière procédure déposée en février 2005, concerne la plainte contre le porte-parole du Quai D’Orsay, Hervé Ladsous (cf. interview de Me Olivier Morice à écouter sur le site survie-media.info). Mme Borrel a demandé à ce que soient déclassifiées toutes les pièces du dossier Borrel, une poignée l’ont été et seulement à partir de 1997... Elle a révélé pour la première fois en public cette piste de l’uranium enrichie. La raison pour laquelle il n’y a jamais eu d’investigations sur ces révélations est simple : l’urgence pour les parties civiles était de faire la preuve de l’assassinat du juge, le reste pouvait attendre et cela a été le cas jusqu’à présent. Rappelons que Mme Clément n’a toujours pas d’enquêteurs dans cette affaire, alors que dans le dossier de l’assassinat du juge Michel, l’Etat français avait alors nommé 50 enquêteurs... (le juge Bernard Borrel est sorti major de la promotion du juge Michel...)

Mariama Keïta et Claude Chenaud

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 141 - Novembre 2005
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