Survie

Immigration

(mis en ligne le 1er novembre 2005)

« On expulse à tour de bras, on fait des fonds de tiroir. On va chercher tout ce qui peut traîner comme étranger en situation irrégulière. On “ fait ” beaucoup de familles. Une famille, ça peut faire six personnes... Même les collègues les plus durs chez nous ne comprennent pas. Je suis un peu surpris quand j’entends Nicolas Sarkozy dire qu’il veut intégrer les gens. Il y a des personnes déjà très intégrées. C’est choquant parce que lorsque vous allez chercher ces gamins-là, la seule chose qu’ils emmènent, ce sont les cahiers. Ils sont prêts à laisser leur Nitendo ou leur ballon de foot. Le gamin lui veut repartir avec ses livres de classe... Certains Ministres devraient venir voir ces jeunes là. Les centres de rétention sont pleins à craquer. Jouer avec des familles pour faire du chiffre, c’est inadmissible. » (Roland GATTI, policier, en poste à Metz à la police des frontières (PAF), corps chargé d’exécuter les décisions d’expulsions des sans papiers). [Le policier Roland Gatti fait l’objet d’une enquête disciplinaire (et risque une sanction administrative) pour avoir critiqué la politique en matière d’expulsions des sans papiers du ministre de l’intérieur. Dommage qu’il n’y ait pas davantage de policiers de sa trempe. Notons au passage que la politique de Nicolas Sarkozy ne semble pas déranger les autres membres du gouvernement dont il est membre.

Sharon Courtoux

« Que le Maroc, tout comme ses voisins maghrébins, accepte aujourd’hui, dans le cadre de la politique d’externalisation, de faire le sale boulot de sous-traitant, de multiplier les expulsions forcées, de planifier la construction de centres de rétention, de faire donner l’armée, la police et la gendarmerie contre des hommes, des femmes et des enfants affaiblis et non armés, voilà qui en dit long sur le degré de collusion des gouvernements du Nord et du Sud dans leur combat contre les peuples, alors que leurs propres ressortissants tentent, eux aussi de fuir le chômage et de gagner au péril de leur vie, la rive Nord de la Méditerranée. [...] À quelques semaines de la célébration des accords de Barcelone qui prétendaient vouloir œuvrer à faire de la Méditerranée une mer de paix, de prospérité et de sécurité partagée, les évènements dramatiques de Ceuta et Melilla viennent jeter une lumière crue sur les réalités qui se cachent derrière les beaux discours. Face aux collusions entre États prédateurs, construisons les solidarités entre les peuples. » (ATTAC Maroc (Groupe de Rabat), déclaration, le 07/10). [Peut-on passer des conventions pour plus de 100 millions d’euros avec un pays qui déporte des centaines de personnes, enfants et femmes enceintes compris, dans le désert, après les avoir brutalisées et dépouillées de tout moyen de subsistance ? La réponse est oui, et les deux premiers ministres signataires se nomment Villepin, pour la France et Jettou, pour le Maroc (L’économiste-Maroc, 27/09). Si les événements récents à Ceuta et Melilla ont rendu ces méthodes plus voyantes, elles ne sont pas nouvelles. Voici maintenant quelques années que les pays membres de l’espace Schengen ont sous-traité une partie de leur politique répressive aux pays du Sud de la Méditerranée. Il est maintenant très clair que le prétendu combat contre la pauvreté en Afrique n’est qu’une guerre contre les pauvres, menée avec des moyens militaires et à balles réelles. Certains journalistes ont, à juste titre, fait le lien entre la misère, la détresse des immigrants prêts à risquer la mort pour pénétrer en Europe, et la domination économique de leurs pays d’origine par les grandes puissances occidentales, mais aucun n’a rappelé que cette dernière se double d’une domination politique pour nombre d’entre eux. Combien des victimes de ces derniers jours ont fui des dictatures qui ne tiennent que par le soutien multiforme qu’elles reçoivent de la France ? Et combien d’autres morts anonymes depuis tant d’années ?

Victor Sègre

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 141 - Novembre 2005
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