Survie

L’ambassadeur de France à Djibouti, Jean-Paul Angelier, distribue des médailles.

Communiqué de Survie, le 02/11

rédigé le 2 novembre 2005 (mis en ligne le 1er décembre 2005) - Claude Chenaud, Mariama Keïta

Pourquoi ?

Pourquoi la France a-t-elle décerné [1] les insignes de commandeur de l’ordre de la Légion d’honneur au général Zakaria Cheick Ibrahim, chef d’état-major de la Défense djiboutienne ?

Outre le général Zakaria, deux officiers de haut rang des forces armées djiboutiennes, le colonel Youssouf Kayad Guelleh et le colonel Hassan Ali Kamil, ont été décorés des médailles de l’ordre de la Légion d’honneur au grade de chevalier. Pourquoi ?

- alors que le Général Zakaria commande aux exactions d’un régime, présidé par Ismaël Omar Guelleh, renommé pour son mépris des droits humains.

- alors que Djibouti a suspendu sa coopération judiciaire avec la France dans l’affaire de l’assassinat du juge Borrel, et que des dizaines de personnalités ont lancé un appel réclamant la vérité la concernant.

- alors que le procès en diffamation intenté par le général Zakaria au président de l’Association pour le respect des droits de l’Homme à Djibouti (ARDHD), Jean-Loup Schaal [2], est en attente de jugement (le 22 novembre).

Les médaillés pouvant se féliciter d’une honorable conduite doivent avoir envie de renvoyer leur rosette à ceux qui les mélangent avec d’insupportables fréquentations. La coutume de décerner la Légion d’honneur à des personnes peu recommandables est de nature à jeter le discrédit sur cette haute distinction nationale

Jean-Loup Schaal, le président de l’ARDHD, n’a été condamné à verser au général Zakaria que l’équivalent de un euro, sans aucun dépens, outre une amende de 1 000 euros avec sursis sur trois années. Cette clémence est à attribuer conjointement à la mobilisation de la société civile, qui soutient sans relâche le combat pour les droits de l’Homme et la justice (notamment à travers l’affaire de l’assassinat du juge Borrel, au sujet de laquelle l’ACAT venait d’émettre un appel), et à l’indépendance du président Bonnal et de ses assesseurs.

Ajoutons que le plaignant est aussi un parent d’Ismael Omar Guelleh, le président de Djibouti, lui-même neveu de l’ancien homme fort de Djibouti Hassan Goulleh Aptidon, auquel il a succédé. Il n’est pas exclu que le Général Zakaria soit pressenti un jour pour succéder à son parent... Pour les autorités de Djibouti, un succès de ce procès aurait été le moyen idéal pour faire d’une pierre deux coups : obtenir un blanc seing de la justice française et la déconnexion du site www.ardhd.org qui vient en aide aux victimes du régime dictatorial de Djibouti. C’est raté !

Claude Chenaud et Mariama Keïta

[1Le dimanche 30 octobre à la résidence de l’ambassadeur de France à Djibouti.

[2Le site de l’ARDHD (www.ardhd.org) ne ménage guère le régime Guelleh, dont il pointe l’ordinaire fait d’assassinats, de tortures, de viols, de corruption, d’exécutions sommaires - ni " l’un de ses premiers exécutants militaires ".

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 142 - Décembre 2005
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