Survie

Burkina Faso : Une méga‑investiture présidentielle dans l’indifférence générale

rédigé le 1er janvier 2006 (mis en ligne le 1er janvier 2006) - Sissulu Mandjou Sory

L’annonce du 25 Novembre dernier du Conseil constitutionnel burkinabé officialisant la victoire de Blaise Compaoré avec 80, 35 % des suffrages a soulevé l’indignation des 11 autres candidats et des partis de l’opposition.

Sans contester sur le fond les nombreuses irrégularités constatées par l’opposition dans l’organisation de cette élection, la Commission électorale nationale indépendante et le Conseil constitutionnel ont préféré parler de « défaillances matérielles » et de « difficultés d’organisation ».

À l’examen des faits, la réalité est beaucoup plus grave : le pouvoir Compoaré, malgré les milliards gaspillés pour s’acheter des voix à la tonne, a dû tricher par tous les moyens pour “ravir de haute lutte” le fauteuil présidentiel. Mais aucun citoyen burkinabé honnête n’a été dupe. Dès l’annonce du refus du régime de la surveillance de l’élection par des observateurs indépendants (dont l’équipe internationale commise à cette tâche par le Mouvement burkinabé des droits de l’Homme et des peuples), chacun avait compris le message : le CDP (parti du président) avait décidé de ne faire aucun cadeau aux 11 autres candidats. Toutes les ficelles ont été utilisées : doubles inscriptions d’électeurs dans les zones jugées favorables au pouvoir, omissions d’électeurs du fichier dans les régions jugées “dangereuses”, etc. Ceux qui avaient oublié (ou feint d’oublier) que Faure Gnassingbé avait reçu ses leçons auprès de son parrain Compaoré pour préparer sa mascarade du 24 avril au Togo en ont été pour leurs frais.

Depuis cette “victoire écrasante”, la cour et l’arrière cour de la présidence burkinabé s’active pour le grand jour : l’investiture le 20 décembre de « l’enfant terrible de Ziniaré ».

Mais en dépit du branle-bas médiatique pour susciter l’intérêt du grand public pour cet « événement historique », le peuple burkinabé continue de vaquer à ses occupations, préoccupé qu’il est par la hausse vertigineuse des prix des produits de première nécessité, l’escalade des licenciements - des centaines de travailleurs jetés à la rue sans indemnisation suite aux privatisations imposées par le régime en place, la Banque Mondiale et le FMI.

Face à l’indifférence générale suite à la “reélection” de Blaise Compaoré, il a bien fallu trouver quelque chose qui puisse marquer les esprits et attirer quelque peu l’attention sur le “nouveau président”.

Alors que majoritairement les médias burkinabé donnaient de larges échos aux récentes manifestations populaires contre l’impunité et la vie chère, qui se sont tenues à travers tout le pays à l’occasion du 7è anniversaire de l’assassinat de Norbert Zongo et de ses compagnons d’infortune, le scoop est venu du journal gouvernemental Sidwaya, qui a fièrement annoncé à sa une l’initiative hautement civique de quatre jeunes qui ont pris la décision héroïque de participer à l’investiture présidentielle du 20 décembre après un parcours à pied de 365 km.

Partis le 10 décembre 2005 de Bobo Dioulasso (deuxième ville du pays) où l’impopularité du régime atteint des sommets, aux dernières nouvelles, nos marcheurs auraient parcouru 130 km, traversant les bourgades dans l’indifférence générale, et parfois accueillis par des quolibets ! Souhaitons-leur quand même bonne route...

Sisulu Mandjou Sory

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 143 - Janvier 2006
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