Survie

Côte d’Ivoire : l’impunité obstrue toutes les voies de sortie de crise !

rédigé le 1er mai 2006 (mis en ligne le 1er janvier 2006) - Sissulu Mandjou Sory

S’il y a une priorité qui est constamment renvoyée à plus tard par l’ONU, l’Union Africaine et leurs membres, dans la recherche des solutions de sortie de crise en Côte d’Ivoire, c’est la lutte ferme et résolue contre l’impunité.

En remettant au cœur du processus de sortie de crise les protagonistes ivoiriens signataires des accords successifs, la Résolution 1633 de l’ONU crée de facto les conditions objectives pour de nombreux blocages qui ne vont pas manquer d’émailler son application. C’est déjà le cas ! Il a fallu en effet plus d’un mois pour trouver « un Premier Ministre consensuel ».

Il en faudra autant, sinon plus, pour former « le gouvernement consensuel chargé de la transition ». On ne sera pas surpris de constater que l’ordre du jour du premier Conseil des ministres fasse l’objet de multiples pinaillages.

Pendant que ce temps précieux est gaspillé pour gérer l’ego des uns et les caprices des autres, les populations ivoiriennes de toutes les zones s’enfoncent chaque jour dans une paupérisation croissante. La situation humanitaire s’aggrave et le passif des droits humains quotidiennement violés s’alourdit, et tout cela dans l’indifférence d’une classe politique toute accaparée au partage des postes ministériels et les hésitations d’une communauté internationale qui semble difficilement se départir de l’influence élyséenne.

Pire, il n’y a pas de jour qui passe sans qu’on ne découvre, par voie de presse, de graves accusations portées contre tel ou tel camp par des anciens amis et partisans en rupture de banc. Successivement, on a ainsi appris les horreurs perpétrées par les rebelles dans la Zone Nord suite aux révélations d’ex-rebelles en mal de repentance.

Du côté du régime de Gbabgo, les révélations sont quotidiennes. D’anciens officiers et sous-officiers, ayant trouvé l’hospitalité dans des pays voisins, décrivent avec force détails, le carnage des escadrons de la mort, citent des noms de commanditaires, des dates, des lieux, etc. Les Forces Licorne elles aussi sont secouées depuis quelques semaines par ce qu’on appelle désormais l’affaire Poncet. Mais toutes ces révélations restent partielles, partiales et en l’état, ne suffisent pas pour établir toute la vérité et rien que la vérité sur l’ensemble des crimes commis par les uns et les autres.

Ce constat éclaire l’un des points faibles de la gestion de la crise ivoirienne par la communauté internationale, du moins, celles et ceux qui ont jusque là endossé cette dénomination. En se refusant à publier in extenso et sans édulcoration le Rapport sur les violations des droits humains établis par ses propres experts, l’ONU ne se donne pas les moyens de donner un coup d’arrêt décisif à l’escalade de la violence, aux mensonges et aux demi-vérités des uns et des autres.

Or, à l’analyse de sa propre expérience de gestion de crises analogues dans d’autres régions du monde, l’Onu sait pertinemment qu’il n’y aura jamais de sortie durable de la crise en Côte d’Ivoire s’il n’ y a pas une lutte conséquente contre l’impunité. Publier le rapport qu’on s’évertue à cacher à l’opinion ivoirienne et internationale, pour des raisons obscures, est devenue la priorité des priorités. Il va de soi que cette publication devra être accompagnée de mesures fermes contre les criminels, de la création et la garantie d’espaces de libre expression pour le peuple ivoirien, qui reste, encore hélas, pris en otage par des clans politiques antagonistes sans vergogne.

Sisulu Mandjou Sory

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 143 - Janvier 2006
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