Survie

De l’impunité à la censure chez le cobra en chef Sassou au Congo Brazzaville

(mis en ligne le 1er janvier 2006) - Benjamin Moutsila

Beaucoup de capitales africaines bruissaient des manifestations et autres colloques sur la quinzaine contre la Françafrique. Le clou de toutes ces manifestations ayant été Bamako.

À Brazzaville, après la mascarade de procès sur l’affaire des disparus du Beach, la même journée a été l’objet de péripéties d’autorisations et d’interdictions non revendiquées... Le ministre de la sécurité en personne avait convoqué les responsables de l’Association Convergence Citoyenne pour complément d’informations. À la vue des documents et affiches qui portaient les noms de Survie et de la FCD [Fédération des Congolais de la diaspora], ce ministre a repris ses autorisations pour une date ultérieure.

Quelle est cette démocratie qui a peur du débat et où le ministre s’occupe personnellement des autorisations de réunion et de manifester ?

En fait, l’opposition intérieure est plus un faire-valoir car, dès que le vrai débat est posé par la Société Civile, la censure apparaît encore plus forte. Ladite opposition ne se manifeste qu’en allant s’incliner dans les cimetières privés de la famille du dictateur Sassou, pour passer à la télévision et jouir des avantages et autres facéties du pouvoir : hélicoptères, limousines et exhibitions des groupes de danseuses et danseurs folkloriques. Et depuis, chez le dictateur Sassou, nous sommes passés de l’impunité à la censure : la journée n’a finalement pas eu lieu.

Après les violations des droits de l’Homme par les militaires miliciens contre les populations civiles, celles-ci ont subi les vols de leurs téléphones portables dans les villes. Alors que de soit-disant accords de paix ont été signés avec les ninjas de Ntoumi, leur donnant droit de cité dans la capitale, ces derniers en ont été chassés après que les populations aient subi des tirs d’armes de toutes sortes : canons et hélicoptères de combats de la part des militaires miliciens, duplicités et calculs du pouvoir de Mpila... Et depuis, ces ninjas miliciens se font remarquer dans les campagnes en pillant et violant les populations civiles déjà démunies et en détresse.

Avec le retour de Bernard Kolelas au Congo, le flou et l’incertitude continuent de plus belle au détriment des populations congolaises. Ainsi avons-nous appris que la paroisse de Linzolo, à 30 km de Brazzaville, qui est aussi un centre de santé important géré par la société civile, a subit les rezzou des ninjas et autres bandits armés à la solde de Sassou. Cette situation de ni guerre ni paix, découlant d’une méthode de gouvernement, est finalement l’alpha et l’omega de l’impunité, l’insécurité et la censure.

Comment des soit-disant leaders peuvent-ils aller s’incliner dans des cimetières privées et parler au nom de populations suppliciées dont les morts n’ont pas de sépultures, comment peuvent-ils aller parler de paix et de réconciliation alors que les populations sont sous les balles de miliciens, ou aller demander pardon en dehors de ceux qu’on a spolié, ou se proclamer défenseur de la démocratie alors que la censure est présente dès que le débat est posé ?

Benjamin MOUTSILA, FCD

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 143 - Janvier 2006
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