Survie

Gabon, jan. 06 - 1 : A fleur de presse - Janvier 2006

rédigé le 1er janvier 2006 (mis en ligne le 1er janvier 2006) - Odile Tobner

Marianne (Patrick Girard), Gabon.
Le “Mollah Omar” en reprend pour sept ans, 30/11 :

« On peut penser ce que l’on veut d’Omar Bongo Ondimba, qu’il est un ami sincère de la France ou un affreux dictateur - ce que dément la réalité -, il a surtout un extraordinaire sens de l’humour qui lui fit intituler son livre d’entretiens avec le journaliste Airy Routier Blanc comme Nègre. Il dissimule, derrière sa roublardise une certaine culture et un sens extraordinaire de la psychologie qui lui a permis de retourner comme des “crêpes” certains de ses opposants devenus ses plus chauds partisans. »

L’exercice de courtisanerie de Patrick Girard dans Marianne est un modèle du genre. Dictateur et ami de la France ne s’excluent pas, bien au contraire, c’est quasiment un pléonasme à propos de l’Afrique francophone. La réalité du pouvoir dictatorial de Bongo est indéniable. Il dispose à son gré de toutes les ressources du Gabon, qu’il distribue selon son caprice. Si l’humour de Bongo réside dans le titre de son livre, qui n’est sûrement pas de lui mais de l’éditeur, c’est plutôt un assez pauvre jeu de mots. Quant à la psychologie qui lui fait retourner ses opposants, elle consiste uniquement en espèces sonnantes et trébuchantes, seule qualité qui lui soit unanimement reconnue et qui est en effet tout à fait « extraordinaire ». Bongo achète tout, y compris une entrevue avec Bush.

Marianne, idem :

« Pierre Mamboudou aurait été instamment invité à faire acte de candidature et aurait reçu des assurances quant au remboursement de ses frais de campagne. [...] En dépit de l’intense mobilisation des médias officiels et des nombreux déplacements effectués par Omar Bongo en province, la participation a été faible, très faible. Elle ne devrait pas excéder les 40 %. On se pressait moins dans les bureaux de vote que dans les meetings du candidat. Il est vrai que, dans ceux-ci, l’on distribuait bières et billets de 5 000 F CFA ce qui est plus agréable que de devoir choisir entre plusieurs bulletins de vote ! [...] il a su habilement prendre le virage du multipartisme qu’il transforma en “multibongisme”, subventionnant généreusement ses partisans et ses adversaires. Cela a évité au Gabon de connaître les guerres civiles qu’ont subies les deux Congo voisins et d’autres pays. [...] Le bilan global d’Omar Bongo Ondimba est toutefois satisfaisant, ce qui explique sa réélection. »

Patrick Girard confirme bien que tout pour Bongo passe par l’argent. Il n’y voit cependant aucun inconvénient, tout au plus un sujet de plaisanterie aux dépens des Gabonais de base. Les 40 % de participation, c’est ce qui est admis officiellement. On devrait plutôt parler de boycott, seule façon pour la population d’exprimer son opposition. Plutôt que de parler de ce qui ne s’est pas passé au Gabon, on ferait mieux de parler de ce qui s’y est passé. Les opposants incorruptibles manquent généralement de santé, les manifestations sont réprimées violemment. L’espérance de vie, l’indice de développement humain, la mortalité infantile, la scolarisation sont au niveau des pays les plus pauvres et c’est en soi un scandale dans un pays où tant de richesses se sont évaporées en quarante ans. Réélu par la force de l’argent, Bongo n’a à présenter comme bilan que la misère du peuple gabonais et l’enrichissement éhonté de son clan. Merci Patrick Girard pour le travail de “communication”.

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 143 - Janvier 2006
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