Survie

Bouc émissaire

rédigé le 1er février 2006 (mis en ligne le 1er février 2006) - Odile Tobner

Si la crise des banlieues a été largement médiatisée, ses suites n’ont guère excité la curiosité des médias.

À Chanteloup, dans les Yvelines, un jour de novembre, deux jeunes badauds qui observaient les affrontements, et ne songeaient donc pas à s’enfuir, ont été interpellés et jugés en comparution immédiate pour flagrant délit de jets de pierres sur les forces de l’ordre et condamnés à 6 mois de prison ferme par le tribunal de Versailles, malgré leurs dénégations et les témoignages en leur faveur.

Madame L.N., adhérente de Survie, mère de l’un d’eux, nous a raconté le parcours de son fils, inconnu des services de police, bon élève, à 19 ans, en première année de BTS comptabilité-gestion. Il s’est retrouvé dans la prison particulièrement sinistre de Bois-d’Arcy. Mal défendu par un avocat commis d’office, il n’a pas fait appel. À mi-parcours de sa peine une commission lui a accordé non une liberté conditionnelle sous contrôle judiciaire mais le régime de semi-liberté.

Il peut aller en cours mais doit rentrer coucher dans un centre de détention. Outre son année scolaire très compromise, le voici avec une expérience traumatisante et un casier judiciaire qui risque de plomber son insertion professionnelle.

Mme L.N., qui a fui la guerre civile qui a ravagé le Congo il y a 8 ans, ne peut s’empêcher de rappeler amèrement qu’un commissaire de police congolais, mis en détention par un juge d’instruction à Meaux, lors d’un séjour en France, à la suite d’une plainte pour le massacre du Beach au Congo, a été libéré en urgence en pleine nuit, sur intervention du gouvernement français.

Justice aux ordres pour l’un, justice expéditive pour l’autre, il vaut mieux être soupçonné du meurtre de centaines de Congolais, que d’être jeune, noir et dans la rue au mauvais moment. Dans le premier cas vous êtes un ami de la France, dans le second un dangereux subversif en puissance. Quelle conclusion un jeune peut-il tirer de cet enseignement par les faits ?

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 144 - Février 2006
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