Survie

Congo-K, le cas Congo

rédigé le 1er mars 2006 (mis en ligne le 1er mars 2006) - Sharon Courtoux

Mi-février, les Nations Unies (ONU) et l’Union Européenne (UE) ont fait appel à contribution à hauteur de 681 millions de dollars pour le financement d’un plan d’action humanitaire au bénéfice de la République démocratique du Congo (RDC).

Il s’agirait de « répondre aux besoins de 30 millions de Congolais dans une situation particulièrement vulnérable ». Si l’on en croit les commentaires qui ont suivi cette annonce, il y aurait peu de chances de réunir une telle somme pour l’objectif désigné.

L’International crisis group (ICG), de son côté, insiste sur la nécessité d’obtenir des bailleurs qu’ils privilégient les financements destinés à améliorer les conditions de sécurité de la population (rémunération des militaires, création d’une police nationale aux effectifs correctement formés...). L’ICG insiste sur ce préalable aux élections (pour l’organisation desquelles les bailleurs font preuve de plus de générosité) qui doivent se tenir à la fin du printemps dans un pays où la sécurité est très, très loin de régner. Fin février, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a lancé une alerte sur le « très fort risque de résurgence d’un conflit ». Le Haut Commissaire du HCR, Antonio Guterres, a répété ses craintes à l’issue du voyage qu’il a effectué en RDC, au Rwanda et au Burundi en compagnie de ses collègues du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l’UNICEF. Il a insisté sur la nécessité d’agir à l’échelle régionale et d’assurer la sécurité des populations civiles.

Des violations des droits humains sont signalées par toutes les organisations de défense de ces droits (congolaises et étrangères) sur tout le territoire. Les divers milices qui opèrent dans tout le pays mettent la population au supplice, mais pas davantage que les militaires de l’armée nationale (FARDC), peu ou non payés, alimentés et équipés. En guise de gouvernance, la corruption et les jeux d’intérêt galopent, laissant place à l’inévitable combat des groupes identitaires entre eux pour avoir accès à des moyens de vivre.

Dans le Sud Kivu, on assiste à la persistance des exactions commises par les groupes de rebelles hutus rwandais (FDLR), contre lesquels l’armée congolaise et la MONUC ont lancé une opération début mars. La population de Bukavu (capitale de la province) manifeste contre l’éventualité du maintien de Minembwe (Hauts plateaux de l’Itombwe, habités à 80 % par les Banymulenge) et de Bunyakiri (habité par l’ethnie Tembo) comme territoires, ce qui leur permettrait d’avoir une représentation législative. Cette question agite fortement la classe politique, chaque faction, désireuse de voir midi à sa porte, exprimant peu de souci pour que soient représentées les minorités fragiles. Dans le Nord Kivu, la situation reste d’une conflictualité extrême entre factions armées, qu’elles agissent sous la bannière de l’armée nationale ou s’en soient détachées. En Ituri, fin février, de mille à deux mille soldats congolais, appuyés par la MONUC, ont commencé une opération destinée à déloger des miliciens (dont l’identité précise est encore difficile à cerner) responsables d’exactions contre les populations civiles de la localité de Tchei, situé au nord de Bunia, la capitale. Cette opération a été suspendue début mars à la suite d’une mutinerie (sur laquelle peu d’informations sont encore disponibles) de soldats au sein des troupes congolaises.

À la base militaire de Kitona (centre de brassage du Bas-Congo), des militaires banyamulenge ont été attaqués par des compagnons d’armes en raison de leur appartenance ethnique. Une quinzaine de militaires, responsables de cette attaque, ont été arrêtés et condamnés par la justice militaire à des peines de prison dont il reste à savoir si elles seront exécutées.

L’UE va-t-elle mobiliser une force européenne susceptible d’intervenir en cas de troubles graves lors des élections qui doivent se tenir avant l’été ? Rien ne semble encore définitivement décidé. Selon certaines sources, l’Afrique du Sud s’opposerait à cette éventualité.

L’impression qui prévaut est celle d’une Communauté internationale sans projet cohérent face à un dédale dans lequel elle peine à se retrouver, faute d’avoir acquis une boussole il y a une quinzaine d’années. Alors élections, élections. Et que le meilleur gagne, on se débrouillera avec : qui est le meilleur pour chacune des composantes de cette communauté ?

Il reste à parler du pillage des ressources de la RDC, qu’il s’agisse du rapport du parlementaire congolais Christophe Lutundula (dont la publication a été retardé huit mois durant et qui met en cause, entre autres, des autorités congolaises), de l’audit commandé par de la Banque Mondiale et jamais publié... Nous aborderons la question dans notre prochaine publication. Elle n’est certainement pas étrangère au dossier.

Sharon Courtoux

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 145 - Mars 2006
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