Survie

Djibouti, Congo Brazzaville : Rencontre amicales : pour discuter de quoi ?

rédigé le 1er mars 2006 (mis en ligne le 1er mars 2006) - Sharon Courtoux

Après sa visite à la Réunion le Premier ministre, Dominique de Villepin, a fait escale le 27/02 à Djibouti où il a rencontré le président Ismaïl Omar Guelleh. À l’issue de l’entretien, il a déclaré à la presse : « J’ai transmis au président Guelleh toutes les amitiés de Jacques Chirac et je souhaite que très rapidement le chef de l’État djiboutien puisse venir à Paris, parce que cette relation a constamment besoin de se développer ».

Selon l’AFP, D. de Villepin s’est félicité des relations franco-djiboutiennes sur les plans économiques et politiques, sans faire mention de l’enquête sur la mort du magistrat français Bernard Borrel - dont l’assassinat en 1995 fait partie des dossiers de la honte françafricaine que l’on maintient, autant que faire se peut, dans des tiroirs sous clef. L’AFP souligne que Djibouti, petit pays de la Corne de l’Afrique stratégiquement situé, abrite la principale base militaire française à l’étranger, ce qui constitue l’explication de cet omertà.

Le 28/02, à l’Élysée, Denis Sassou Nguesso (président de la République du Congo et président en exercice de l’Union Africaine) a apporté son soutien à l’initiative chiraquienne consistant à taxer les ventes de billets d’avion au bénéfice de l’achat de médicaments contre le sida, la tuberculose et le paludisme pour l’Afrique. On a du mal à imaginer que Sassou Nguesso ait fait le voyage de Brazzaville à Paris uniquement pour exprimer ce soutien, de quoi les deux présidents ont-ils discuté ? De l’affaire du Beach ? On se souvient qu’en novembre 2004, la cour d’appel de Paris a annulé l’intégralité de la procédure judiciaire dite « disparus du Beach » dans laquelle un haut fonctionnaire congolais était mis en examen pour crimes contre l’humanité par le tribunal de Meaux. À l’époque, Patrick Baudoin, avocat de la FIDH, partie civile dans ce dossier, avait parlé « d’instrumentalisation totale de la justice par le pouvoir politique », puis engagé un pourvoie en cassation contre cette décision. Si on attend toujours que la justice s’exprime (en toute indépendance du pouvoir politique ?), ce serait pour bientôt selon des sources proches du dossier : un sujet de conversation tout trouvé...

Enfin Idriss Déby est venu récemment à Paris « en visite privée ». Il a néanmoins fait un saut à l’Élysée. Les échanges qui ont pu avoir lieu à cette occasion sont restés également privés.

Pour clore le chapitre, signalons que, selon le journal en ligne Letogolais.com, le ministre de la Défense togolais, Kpatcha Gnassingbé, (l’homme fort du gouvernement, frère du président, initiateur de nombreuses violences lors des élections présidentielles d’avril 2005) serait attendu (mais pas à bras ouverts) à Paris le 16/03.

Sharon Courtoux

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 145 - Mars 2006
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