Survie

Mali : Une désertion qui inquiète

rédigé le 1er mars 2006 (mis en ligne le 1er mars 2006)

Un spectre hante le Mali depuis son indépendance en 1960 : celui de la rébellion touarègue. Celle-ci commence dès 1963, sous le régime de Modibo Keïta (les premières armes des rebelles provenaient du 2ème Bureau français qui, vers la fin de la guerre d’Algérie avait échafaudé un scénario de « République du Sahara » avec l’objectif de garder les réserves de pétrole et d’uranium sous le contrôle direct de la France), et continue par intermittence sous la dictature de Moussa Traoré, qui renverse Modibo Keïta en 1968.

Ce n’est qu’après la révolution démocratique de mars 1991 que le nouveau régime parviendra à régler la « question touarègue » par la signature d’un « Pacte national » qui verra notamment l’intégration de 2000 rebelles dans l’armée et dans la fonction publique. En mars 1996, lors d’une cérémonie dite « Flamme de la Paix », la rébellion était officiellement enterrée à Tombouctou.

Mais certains croient voir son spectre ressurgir, à l’occasion de la désertion du lieutenant-colonel de la Garde nationale, Hassan Fagaga, ancien combattant du Mouvement populaire de l’Azawad (MPA), l’un des deux mouvements rebelles qui défrayèrent la chronique dans les années 1990. Le 11 février, Fagaga, qui avait refusé de joindre sa nouvelle affectation dans la région de Tombouctou, a quitté Kidal et a pris le maquis dans les montagnes avoisinantes avec quelques dizaines de jeunes. On se perd en supputations sur les raisons exactes de cette désertion : Fagaga avait dirigé une prise d’otages qui lui avait rapporté beaucoup d’argent en 1997 et voudrait maintenant réapprovisionner ses caisses en menaçant les gouvernements de Bamako et de Tripoli de saboter tous les projets bilatéraux engagés par le Mali et la Libye dans le Nord. Il exigerait la fermeture du tout nouveau consulat de Libye ouvert à Kidal. Il reprocherait aussi aux autorités militaires de ne pas accorder de places dans l’armée à ses parents.

Alors que du côté de l’état-major, on semblerait favorable au règlement par la force, les autorités politiques privilégient la voie des négociations. Trois hommes ont été dépêchés pour les mener : Intallah, un notable local qui est déjà parvenu à faire rentrer à la maison un de ses fils qui avait suivi Fagaga dans son équipée, ainsi que quelques autres jeunes ; Ag Chérif, conseiller à la présidence de la République et Iyad Ag Ghaly, qui fut à l’origine de la rébellion déclenchée au Nord dans les années 1990. On soupçonne ce dernier, d’après le journal Le Républicain de Bamako, d’avoir sa propre "armée" et son nom reviendrait sans cesse dans beaucoup d’affaires obscures.

Fausto Giudice

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 145 - Mars 2006
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