Survie

A fleur de presse

Darfour : A fleur de presse - Avril 2006

(mis en ligne le 1er avril 2006)

Libération
Parodie de justice pour le Darfour au Soudan
18/03 (Christophe Ayad) :

« Le grincement des pales du ventilateur couvre le murmure de l’accusé. Dans la chaleur écrasante d’un après-midi de juillet, le premier procès du Tribunal criminel spécial (TCS) pour les crimes commis au Darfour n’attire pas grand monde. Trois juges soudanais, dont une femme, un avocat, un procureur, deux accusés, surveillés par un policier débonnaire, plus deux témoins. Le public ne compte que 4 personnes. [...] À l’appel de son nom, l’accusé numéro 1 se lève [...] puis prête sermon sur le coran. L’homme et son acolyte sont accusés d’avoir volé du bétail sous la menace d’une arme, le 10 avril 2005, dans un village du Sud-Darfour. Il se défend maladroitement, s’embrouille, retourne s’asseoir, résigné. À la fin, le juge lève l’audience en donnant un grand coup de maillet qui réveille tout le monde. “Ce n’est pas un crime de guerre mais il est lié aux circonstances qui prévalent”, tente de justifier le président du tribunal, le juge Mohamed Abkam. Il refuse de parler de “guerre civile” ou de “nettoyage ethnique” ; tout au plus concède-t-il qu’il y a des “différends tribaux”. Le TCS a été formé à la va-vite par Khartoum pour éviter le péril de la Cour pénale internationale (CPI) qui pèse sur les responsables présumés des exactions dans la province rebelle du Soudan en proie depuis février 2003 à une guerre civile ayant causé 180 000 à 300 000 morts, presque tous des civils africains.

Khartoum insiste pour juger ses propres citoyens. Mais la mise en branle de la justice soudanaise n’a pas interrompu le cours de la justice internationale. Une instruction a été ouverte à la CPI, un magistrat [...] a effectué des premières investigations. Principalement parmi les réfugiés au Tchad, Khartoum n’ayant jamais donné son feu vert.

L’enquête pourrait remonter jusqu’au vice-président, Ali Osmane Taha, et au président, Omar al-Béchir, qui ne manqueraient pas d’être mis en cause par des chefs de milice, comme le célèbre Moussa Hilal, s’ils venaient à être inculpés. L’ONU a dressé une liste de 51 noms, tenue secrète. Et l’ONG Human Rights Watch accuse 16 hauts responsables. Khartoum a donc décidé d’accélérer la cadence. [...] Mais, souvent, les chefs d’inculpation sont vagues, les procès expéditifs, les verdicts incohérents. [...] La plupart des crimes restent impunis. [...] Un verdict d’acquittement a été rendu dans un procès pour viol. Les victimes [...] avaient formellement identifié leurs agresseurs, des miliciens arabes surnommés ici les Jenjawids. “La police a saboté la séance d’identification et les témoins se sont tous rétractés après avoir été intimidés”, se désole l’avocat Jabar Abdallah. L’impunité reste la règle au Darfour. »

On ne soulignera jamais assez l’écrasante responsabilité du président et du gouvernement soudanais dans les malheurs de leur peuple.

Sharon Courtoux

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 146 - Avril 2006
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