Survie

Darfour : nettoyage, village après village

(mis en ligne le 1er avril 2006) - Sharon Courtoux

Jan Pronk, représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour le Soudan déclare, le 21 mars : « Dans le sud du Darfour, les milices continuent leurs opérations de nettoyage, village après village. Les assassinats, les viols et les abus des droits de l’Homme, en violation directe des accords existants et des résolutions du Conseil de Sécurité, constituent une menace à la paix dans l’ensemble du Soudan. Les milices continuent leurs opérations. Le gouvernement ne les a pas désarmées, bien au contraire. Le cessez le feu ne fonctionne pas, le Comité mixte ne se réunit pas, les sanctions prévues avec l’établissement du Groupe d’experts du Conseil de Sécurité n’existent qu’en théorie ».

Le 24 mars, le Conseil de Sécurité a prorogé la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS) et a demandé au Secrétaire général de prévoir le passage de la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS, qui opère au Darfour) à une opération de maintien de la paix des une opération de maintien de la paix des Nations Unies. Dans sa résolution 1663, le Conseil a salué la décision de l’UA d’appuyer « en principe » ce passage, de « s’efforcer d’obtenir » qu’un accord de paix pour le Darfour soit conclu à fin avril [1] et de proroger le mandat de la MUAS jusqu’au 30 septembre. En réalité, l’UA a cédé aux pressions de Khartoum qui considère l’intervention internationale comme une intervention colonialiste. Elle a prolongé le mandat de la MUAS de six mois, se résignant « en principe » à l’éventualité de son remplacement par des casques bleus, ne serait ce qu’en raison de l’épuisement de la volonté des bailleurs. Le conflit Tchad-Soudan, par groupes rebelles interposés, menace les deux côtés de la frontière. Khartoum soutient les rebelles tchadiens dans l’ouest du Darfour, Idriss Déby les rébellions du Darfour. Si l’UA s’est engagée à agir plus résolument en faveur de la paix, elle ne pourra pas arriver seule au résultat souhaité. Les Nations Unies, l’Union Européenne, les États-Unis, devront concourir à l’imposer. Les responsables d’une situation qui se détériore de jour en jour, au premier rang desquels figurent le président et le gouvernement soudanais, doivent être clairement désignés, si l’on ne veut pas en être complice.

« Il faut un nouvel accord de cessez-le-feu qui puisse tenir, ce qui exige notamment un texte sans équivoque, des sanctions très claires pour les violations, une force de paix énergique » a conclu Jan Pronk le 21 mars dernier. Il conviendrait qu’il soit entendu, alors que tout indique qu’il est écouté d’oreilles scandaleusement distraites. L’envoyé spécial a également attiré l’attention sur le « climat de méfiance » qui règne entre le parti du Congrès national (parti du président soudanais) et le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS, du Sud), sur la misère, l’insécurité qui règnent au Sud [2], sur l’absence de projets visant à les enrayer, et la réduction de la marge de manœuvre de l’UNMIS, du fait du gouvernement soudanais, à Abyei. Au Soudan, il n’y a pas que le Darfour qui souffre.

Sharon Courtoux

[1Ceci fait référence aux négociations en cours (qui en fait s’enlisent sur place) entre les mouvements rebelles du Darfour et le gouvernement soudanais à Abuja.

[2La part des revenus pétroliers qui devaient revenir au Sud Soudan n’a pas, à ce jour, été respectée.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 146 - Avril 2006
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