Survie

A fleur de presse

A fleur de presse - Juin 2006 - Clearstream

(mis en ligne le 1er juin 2006)

Le Monde, Clearstream, une victime collatérale, Anne Michel, (10/05) : « La société luxembourgeoise Clearstream s’assure, avec l’affaire qui porte son nom, une notoriété bien involontaire. Le président de son conseil d’administration, André Roelants, a jugé, mardi 2 mai, « affolant de voir le nom de Clearstream associé à cette affaire de manipulation politique, une affaire franco-française qui nous dépasse complètement ». Cette entreprise de services utilisée par les banques européennes depuis 1972 pour s’échanger des titres - 54 millions de transactions ont ainsi été acheminées en 2005 - était jusqu’alors inconnue du grand public. Comme des listes - publiées sur Internet - de ses clients ont été manipulées, elle se retrouve sous les feux des projecteurs, avec l’image d’une institution opaque, autorégulée, ayant permis à des intermédiaires de percevoir des commissions occultes. Une image éloignée de la réalité, préjudiciable au point que Clearstream, propriété de la Bourse allemande depuis six ans, a porté plainte avec constitution de parte civile, vendredi 28 avril, à Paris. Elle a aussi envisagé de changer de nom (Clearstream signifie « courant clair » en anglais !). L’actuel scandale a été précédé par une autre affaire, provoquée en 2001 par le journaliste-écrivain Denis Robert dans son livre Révélation$. Pour la première fois, un ouvrage - controversé - avait laissé entendre que Clearstream servait d’“outil de dissimulation” d’opérations de blanchiment d’argent. L’ouverture d’une information judiciaire par le parquet du Luxembourg, en 2001, s’était close par un non-lieu en 2004. L’enquête de la justice a montré qu’il n’existait pas de comptabilité cachée. Mais elle a conduit la société à se montrer plus vigilante dans l’application des règles de bonne gouvernance.

En décembre 2004, Laurent Beccaria, éditeur de Denis Robert, dénombrait « cinquante poursuites pénales ou civiles en France, en Suisse, en Belgique, demandant plus de 6 millions d’euros de dommages et intérêts cumulés contre nous », imputables à Clearstream. Seuls deux ont été gagnés par la chambre de compensation, pour un euro symbolique. Pour le reste, les affirmations de Denis Robert sont confirmées par la justice. Le film de Denis Robert et Pascale Lorent, L’Affaire Clearstream racontée à un ouvrier de Daewoo n’a jamais été poursuivi. Quant au non-lieu luxembourgeois, il est l’aboutissement de trois années d’une non-enquête au cours de laquelle tous les témoins n’ont pas été entendus, ni toutes les pièces examinées. Il reconnaît pourtant des faits délictueux, mais ceux-ci sont déclarés prescrits et ne font pas l’objet d’une enquête... L’article du Monde omet en revanche le remplacement du directoire de Clearstream après la publication du premier livre de Denis Robert... Ce n’est pas faute de place, puisque l’auteure, Anne Michel, commet le même jour et pour le même journal un deuxième article (Une institution, pivot des échanges entre banques, par laquelle ne font que transiter les fonds, 10/05) qui redit la même chose... mais en plus long, et qui, peut-être plus encore que le premier, ressemble à une plaquette publicitaire de Clearstream. Au petit jeu du contre-feu médiatique pour éloigner l’affaire Clearstream de ses véritables enjeux, la palme revient sans doute au journal Le Monde. Pour ce qui est de la télé, on ne proposera pas de classement, faute d’avoir vu toutes les émissions consacrées au sujet, mais notons tout de même, dans un autre genre, une mention d’honneur pour Arrêt sur images du 7 mai, et Daniel Schneidermann, acharné à minimiser le travail d’enquête de Denis Robert (http://www.france5.fr/asi/007548/34/134427.cfm).

Victor Sègre

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 148 - Juin 2006
Les articles du mensuel sont mis en ligne avec du retard. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez-vous
a lire aussi