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A FLEUR DE PRESSE : : Françafrique : L’Union européenne et le Maroc ont signé un partenariat sur le secteur de pêche au large du Sahara occidental

(mis en ligne le 1er septembre 2006) - Victor Sègre

Nouvelobs.com, L’Union européenne et le Maroc ont signé un partenariat sur le secteur de pêche au large du Sahara occidental, 27/07 : « L ’Union européenne et le Maroc ont signé mercredi 26 juillet un nouvel accord de partenariat dans le secteur de la pêche qui comprend des eaux situées au large du Sahara occidental, malgré les protestations de la Suède et des partisans de l’indépendance du territoire disputé. Un accord préliminaire avait été signé il y a un an et a été adopté au printemps par le Parlement européen. L’accord signé mercredi à Bruxelles autorise 119 navires d’États membres de l’UE à pêcher dans les eaux territoriales marocaines dans l’Atlantique pendant les quatre prochaines années, en échange de 144 millions d’euros, selon le ministère marocain de l’Agriculture, du développement rural et de la pêche. Mais l’inclusion dans l’accord de riches eaux au large de la côte du Sahara occidental, ancienne colonie espagnole annexée par le Maroc en 1975, et revendiquée par le Front Polisario qui demande son indépendance à travers un référendum d’autodétermination, a suscité des protestations. La Suède s’était opposée au nouvel accord car "le Sahara occidental ne fait pas partie du territoire du Maroc selon le droit international", comme l’avait souligné la mission européenne suédoise en mai. De son côté, le Front Polisario avait condamné l’an dernier le futur accord, dénonçant "une entreprise massive de pillage [...] de la richesse naturelle du Sahara occidental et une violation flagrante du droit international". Aucun pays ne reconnaît la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Une soixantaine de pays reconnaît l’autorité du gouvernement en exil installé en Algérie par le Front Polisario. En 2002, les Nations unies avaient statué que le Maroc ne disposait pas de droits d’exploitation pétrolière au Sahara occidental et ne pouvait légalement accorder des licences d’exploitations. »

Le droit international pèse décidément peu de chose au regard des intérêts économiques, ici essentiellement de la France et de l’Espagne en matière de pêche. En mars déjà, des députés européens avaient dénoncé l’infraction des résolutions de l’ONU par l’accord de pêche pour les mêmes raisons. Le Sahara occidental étant également riche en phosphates et en pétrole, cet accord risque de créer des émules. Mais les juristes de l’UE avaient finalement jugé l’accord légal. Pour se donner bonne conscience, un amendement avait été ajouté, précisant que la contrepartie financière accordée par l’UE devait aussi servir au « développement des populations côtières du Maroc et du Sahara occidental qui vivent de la pêche, et à la création de petites et moyennes entreprises locales de la filière pêche » (Jeune Afrique, 26/05). Un vœu pieux qui ne coûte rien... Après avoir coulé le plan Baker de l’ONU qui prévoyait un référendum sur l’autodétermination du Sahara occidental, Mohammed VI a proposé une « autonomie sous souveraineté marocaine ». Lors du sommet de l’UA à Banjul début juillet, le Maroc a reçu le soutien des diplomaties sénégalaise, gabonaise, burkinabè et tchadienne. Mustapha Ould Salek, ministre des affaires étrangères de la République arabe sahraouie démocratique, a dénoncé « l’influence néfaste d’une puissance étrangère sur la position de certaines capitales africaines » (Jeune Afrique, 02/07). Suivez mon regard... Le Polisario avait d’ailleurs formulé des menaces publiques à l’encontre des troupes françaises de la Minurso (contingent de l’ONU présent au Sahara) en juin dernier.

Victor Sègre

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 150 - Septembre 2006
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