Survie

Doha : dolce vita pour les dompteurs dominants

(mis en ligne le 1er septembre 2006) - Sharon Courtoux

Début août, L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), commentant l’échec des négociations commerciales dans le cadre du cycle de Doha, a déclaré : « L’effondrement des négociations commerciales internationales du cycle de Doha est essentiellement dû à une tentative des pays riches, des corporations et des puissants lobbies de s’accaparer des avantages sur les marchés agricoles », et regretté que les récentes négociations se soient concentrées sur « le commerce libre, plutôt que sur le commerce équitable ». (On croirait entendre des commentaires de Billets d’Afrique !)

Soulignant que ces négociations devaient se concentrer sur les modalités commerciales susceptibles de répondre aux besoins des pays pauvres et des petits agriculteurs, le FAO a enfoncé le clou : « Elles n’y sont jamais arrivées, ce qui a provoqué l’échec du cycle de Doha faute d’équité dans sa vision, son processus et les résultats escomptés ».

Cinq ans après le lancement, au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), des négociations « sur la libéralisation du commerce mondial axée sur le développement », celles-ci échouent sur les politiques agricoles des pays développés. L’échec des pourparlers (entre l’Australie, le Brésil, les États-Unis, l’Inde, le Japon et l’Union Européenne) du mois de juillet ont amené le Directeur général de l’OMC, Pascal Lamy, à décider d’une « pause » (sine die) des négociations afin que les membres du Conseil général de l’organisation prennent le temps « pour réfléchir ». Les dits pourparlers s’en sont tenus à la question du niveau de soutien des producteurs agricoles et de la protection des importations de pays développés. La question de l’accès au marché des produits non agricoles n’a pas été abordée.

Les pays développés exigeaient que les pays pauvres ouvrent leurs marchés « afin de pouvoir convenir de meilleures conditions pour leurs exportations ». Or, comme le dit fort bien le FAO : « Le cycle de Doha était sans grand intérêt pour les pays les moins avancés, qui n’ont pratiquement rien obtenu lors des précédentes négociations commerciales sur l’agriculture de l’OMC. Si la réduction des subventions et des droits de douane agricoles par les pays développés se fait dans l’intérêt des pays en développement, elle doit être appliquée dans un cadre qui accroît les revenus de leurs petits agriculteurs et améliore leur sécurité alimentaire ». On ne voit pas comment il pourrait en être ainsi sauf application d’un système de juste échange, le libre échange ne pouvant s’appliquer équitablement qu’entre producteurs ayant atteint un niveau de développement comparables.

Pour le FAO : « Lorsque les négociations redémarreront, le cycle de Doha se devra d’être un véritable “cycle du développement”, porter sur les subventions intérieures et l’accès au marché, faire en sorte qu’elles ne nuisent pas au développement, affronter les questions liées à la capacité d’offre et aux besoins d’investissement nécessaires afin que les pays les moins avancés puissent tirer parti des opportunités résultant d’un commerce équitable ». Ainsi soit-il.

Sharon Courtoux

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 150 - Septembre 2006
Les articles du mensuel sont mis en ligne avec du délai. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez-vous
a lire aussi