Survie

ILS ONT DIT : Françafrique : Cameroun

(mis en ligne le 1er septembre 2006) - Odile Tobner

« Quand je quittais le Cameroun, j’étais informé du début du retrait effectif des troupes nigerianes de Bakassi. Bon, je ne suis pas au Cameroun ici. » Paul BIYA, propos tenus le 28/07, publiés par Mutations le 10/08.

C’est la réponse débile, rapportée par le quotidien Mutations, que Biya a faite, en juillet, à Paris, au sortir d’un entretien avec le président français Jacques Chirac, à un journaliste qui lui demandait quelle était la situation à la frontière avec le Nigeria, quelques jours avant l’échéance du retrait des troupes nigerianes de Bakassi. Si Biya n’est informé de ce qui se passe au Cameroun que lorsqu’il s’y trouve, il doit lui échapper pas mal de choses sur le pays qu’il est censé présider, puisqu’il passe une large part de son temps en villégiature à l’étranger. Á Bakassi, justement, péninsule gorgée de pétrole, qu’un jugement de la cour internationale de La Haye a attribuée au Cameroun, dans le différend frontalier qui l’oppose au Nigeria et qui a donné lieu à des affrontements armés au cours des années 90, tout ne va pas bien. Les troupes du Nigeria, effectivement, se retirent, mais il s’élève des protestations dans une population qui ne veut pas être rattachée au Cameroun. Un mouvement indépendantiste se serait même manifesté. C’est probablement pour éviter de parler de cette déplaisante actualité que Biya a trouvé l’échappatoire ridicule de l’ignorance. Biya était à Paris pour rencontrer les hommes d’affaires français. Avec les fonds de l’annulation de la dette il y a un pactole à rafler (cf Billets n° 148). Les compères habituels s’entendront pour en empocher l’essentiel. Pendant ce temps la société camerounaise sombre dans le chaos. Le dénuement fait s’affronter les gens pour de misérables butins. Les agressions dans les taxis sont courantes, les lynchages de petits voleurs, ou censés l’être, se multiplient. L’État n’est présent que par le racket généralisé qu’il pratique à tous les niveaux.

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 150 - Septembre 2006
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