Survie

Aide française au développement : communiquer avant tout

(mis en ligne le 1er octobre 2006) - olivier

Le 20 septembre dernier, le ministère délégué à la Coopération, au développement, à la Francophonie, organisait, avec l’Agence française de Développement (AFD), une conférence de presse afin de présenter les résultats de la " première enquête nationale sur l’opinion des Français à l’égard de l’aide au développement ". Selon ce sondage AFD-Ifop, " 83 % des Français estiment que la France joue un rôle important " dans le domaine de l’aide au développement. Que veulent donc bien dire les Français par " rôle important " ? C’est ce que Brigitte Girardin (ministre déléguée à la Coopération), Jean-Michel Severino (Directeur général de l’AFD), Olivier Bauby (Directeur général de l’Ifop) et Jacques Pelletier, président du Haut Conseil de la Coopération internationale (HCCI) ont tenu à expliquer par cette conférence de presse.

Autosatisfaction

Mme Girardin a tout d’abord constaté que l’aide française est " en phase avec les attentes des Français ", notamment sur la nécessité de créer des emplois au Sud et d’y transférer des compétences, afin de lutter contre l’immigration. Les Français sont aussi favorables à l’allocation de l’aide aux secteurs de l’eau et des " biens publics mondiaux " (santé et environnement). Ils considèrent enfin l’Afrique sub-saharienne comme devant être la destination prioritaire de l’aide française, tout en demandant plus de transparence et d’efficacité à celle-ci, afin que leur argent soit bien utilisé. Si les Français (c’est-à-dire " un échantillon représentatif " de 1000 d’entre eux) se sont exprimés de la sorte, c’est que les questions posées les ont invité à le faire. En revanche, aucune question ne leur a été posée sur la nécessité ou non de conditionner l’aide à la bonne gouvernance, ou s’il fallait continuer à aider un régime arrivé au pouvoir par un coup d’État ou des élections truquées. À croire que l’aide au développement n’est en rien politique et que les Français n’ont pas à s’exprimer sur ce sujet. Voir dans ce sondage autre chose qu’une opération de légitimation de la politique française d’aide au développement est difficile. C’est même de toute évidence une véritable opération de communication.

Stratégie de communication

Et de communication il en a justement été question tout au long de cette conférence. Pourquoi ? Parce que le sondage montre tout de même que " 41 % des Français trouvent les actions menées par la France peu efficaces " (contre 42 % qui les trouvent assez efficaces). Et pourquoi ? Parce que l’aide est gaspillée ? Non, c’est juste parce que l’AFD ne communique pas assez ! Tous les intervenants l’ont dit, l’ " AFD doit populariser l’action publique ", " afin que son indice de notoriété soit proportionnel aux efforts financiers consentis ". Qu’on se le dise, l’AFD a l’intention d’augmenter ses moyens de communication et de mettre ainsi en place une véritable campagne d’opinion afin de répondre aux attentes des Français. C’est ce qu’elle a du reste commencé à faire en finançant récemment une série de sujets diffusés au JT de France 3, présentant ses propres actions comme étant positives. Lorsque l’on sait que l’AFD prend actuellement de plus en plus d’importance dans le système français d’aide au développement, avec une enveloppe financière de plus en plus importante, on peut se dire que la propagande (car c’est de cela dont il s’agit) va continuer à aller d’un bon train.

Sauveurs de l’Afrique

Afin de rendre la séance un peu moins ennuyeuse et convenue, quelques personnes dans la salle ont interpellé Mme Girardin sur les implications politiques de l’aide en faveur de dictatures avérées et leur pendant nourricier, la corruption. Toutefois, selon Mme Girardin, il n’y a pas que la corruption liée au pétrole au Congo Brazzaville (balayant ainsi une question d’un journaliste sur ce sujet), mais " il y a aussi la petite corruption, celle des fonctionnaires, qui est le résultat de la pauvreté ". " La priorité pour la France c’est la lutte contre la pauvreté " et non contre la corruption qui n’en est que la " conséquence ". Et de rajouter que l’objectif de la France est avant tout de " lutter contre la pauvreté " et d’ " améliorer la vie quotidienne des populations ", bref, de sauver l’Afrique en quelque sorte.

La Droite en campagne

Sur ce registre, Jacques Pelletier (sénateur et ancien ministre de la Coopération) a failli être bon lui aussi en ajoutant qu’aider est une " question morale " pour la France, compte tenu que " les gens, là-bas, crèvent de faim ". Mais c’est lui qui, malgré les précautions prises jusque là par ses acolytes, exprimera ouvertement ce qui se cachait dernière toutes les belles phrases prononcées avec hypocrisie durant cette conférence : l’ " aide française à des intérêts bien compris " des Français, à savoir " la présence de la France sur la scène internationale ", l’ " accession [des entreprises françaises] à des marchés ", et " la lutte contre l’immigration ". Tout était dis. Même que la question de l’aide devait faire partie intégrante des programmes des candidats aux élections 2007. Toujours est-il que si la droite n’a pas de programme novateur sur la question, elle a une stratégie : la communication.

Olivier Thimonier

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 151 - Octobre 2006
Les articles du mensuel sont mis en ligne avec du délai. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez-vous
a lire aussi