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Congo Brazzaville : Lire : Le Pétrole et Violences au Congo Brazzaville, Les suite de l’affaire Elf

(mis en ligne le 1er octobre 2006) - Benjamin Moutsila, Mary-Albert Colelat

Le Pétrole et Violences au Congo Brazzaville, Les suite de l’affaire Elf De Yitzhak Koula 254 pages, L’Harmattan 2006.

Yitzhak Koula, dans une production minutieuse, fait une rétrospective de la réalisation du coup d’état sanglant de Sassou Nguesso, avec la logistique d’une major du pétrole et des milieux politico-mafieux de la Françafrique. Il nous montre les connexions avec les différents milieux, plutôt mafieux que politiques. Des implications avec le trafic d’armes en Afrique et les transferts financiers dans des circuits plutôt crapuleux qu’officiels. Tout cela piloté par ses maîtres logés dans cette compagnie qui officiellement s’occupe de pétrole. Mais le procès passé a montré à satiété le caractère machiavélique, manipulateur et néfaste des objectifs de sa politique "industrielle". Ainsi les hommes qui appliquaient cette politique ne devaient avoir d’état d’âme donc être cyniques et crapuleux. Leurs objectifs, en sus de la politique officielle de la société, est un pillage éhonté des ressources naturelles des pays africains en y plaçant des "rois nègres" qui sont leurs obligés. Il présente sa production en deux parties. Quelques exemples tirés du livre qui illustrent nos propos : La première : Impact du système Elf en Afrique francophone (Coup d’état, détournement des revenus du pétrole, surendettement et pauvreté)
- Un système de corruption installé par des cadres d’Elf qui permettaient d’entretenir une clientèle politique et la maintien au pouvoir déniant les populations et les laissant croupir dans une misère noire. Et la majorité des fonds étant rapatrié en France dans des officines mafieuses.
- Un système de maintien au pouvoir des obligés et la destitution de tous ceux qui ne sont pas dociles ou posent des conditions que la Compagnie juge exorbitantes, c’est à dire pas plus de 17 %.
- Destitution des systèmes démocratiques et mise en place de parlement croupion (Rump Parliament en 1648 en G-B avec Cromwell)
- Mise en place de sociétés militaires privées dévolues au dictateur avec des mercenaires issus d’armées régulières étrangères et des milices pour créer des situations de psychose et d’annihilation de la volonté du suffrage universel (Gabriel Périès, Mercenaires atout des sociétés militaires privées)
- Traficotage des contrats au profit des majors du pétrole et au détriment des populations qui ne connaissent pas du tout un quelconque développement sinon une régression programmée. La deuxième : Le régime africain installé au pouvoir par la force ; ses méfaits sur son propre peuple (Institutions, crimes contre les civils, réconciliation escamotée et fraude électorale)
- Institutions a posteriori pour "légitimer" le coup d’état écrit par les officines de la Mafiafrique.
- Particularités de ceux-ci la concentration de tous les pouvoirs dans la mains d’un seul individu c’est à dire une dictature. Le système est une véritable "démocrature" - Avec le système des milices, des armées privées : euphémisme pour désigner les militaires d’ armées étrangères qui viennent comme mercenaires (Armées Angolaises et Tchadiennes), les génocidaires hutus (hutu power) et les hommes de la DSP de Mobutu. On installe une peur dans les populations afin de créer un électorat captif grâce à un "kriegspiel franco-congolais". Il utilise les méthodes les plus barbares tel le viol des femmes quelque soit les âges, et les assassinats.
- Les disparitions (Beach de Brazzaville et autres check point appelés bouchons Idem opération Condor en Amérique du Sud) les déplacements des populations et bien évidement la destruction de champs, de vergers, des élevages, des villages et autres propriétés immobilières des populations tant dans les campagnes qu’en villes.
- l’implantation de populations allochtones dans des régions qui n’étaient pas acquises au dictateur, un électorat tout dévoué. Autant ce livre est très détaillé sur le Congo, autant il a le mérite de s’être donné la peine d’avoir compulsé une énorme documentation sur un sujet très complexe et controversé. Des complicités ont été pointées au plus haut niveau de l’exécutif français par des comparses : Christine Deviers-Joncour, Loïc Le Floch Prigent etc. On a induit dans l’opinion publique internationale et l’imagerie populaire que ce sont les ethnies qui se battent alors qu’il n’en est rien. Aujourd’hui le brassage des populations depuis la colonisation fait que ces "guerres ethniques" auraient été des guerres familiales.

Mary-Albert Colelat et Benjamin Moutsila, de la Fédération des Congolais de la Diaspora

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 151 - Octobre 2006
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