Survie

Congo-Kinshasa : Le devenir de la République Démocratique du Congo

(mis en ligne le 1er octobre 2006) - Sharon Courtoux

L’énergie du désespoir

Depuis les événements du mois d’août, un calme " volatile " s’est installé dans la capitale congolaise. Le terme est utilisé par le porte-parole de la force européenne EuroforRDCongo, le lieutenant-colonel Thierry Fusalba, qui a déclaré, le 21 septembre, qu’il y avait " trop d’hommes en armes et d’armes à Kinshasa ". Certes, mais il n’y a pas qu’à Kinshasa où c’est le cas. Si l’on n’avait que la presse comme source d’information, on pourrait imaginer que le reste du pays importe peu, voire qu’il n’existe pas. A Kinshasa, le 18 septembre, les locaux abritant les deux chaînes de télévisions du second en lice de l’élection présidentielle, Jean-Pierre Bemba, ont été ravagés par le feu. Court circuit, incendie volontaire provoqué par les partisans de Kabila, auto-incendie allumée par Bemba afin d’accuser ce dernier ? Tout est possible, on ne sait pas encore ce qu’il en est, et le saura-t-on jamais ? L’enquête sur l’affaire semble stagner. La classe politique est tout à ses discussions, ses arrangements, ses constructions de coalitions, dans l’optique du futur exercice du pouvoir. Dans le Nord Kivu, la sécurité et l’ordre d’une partie non négligeable de la province serait entre les mains du rebelle Laurent Nkunda, et dans le Sud Kivu on observerait des alliances étranges entre des rebelles rwandais du FDLR et des habitants des hauts plateaux (Banyamulenge). Nous reviendrons sur ces questions, mais aujourd’hui il y en a une en particulier qui semble mériter l’attention : à l’heure de l’installation de la nouvelle Assemblée Nationale issue des élections législatives, à la veille du deuxième tour de l’élection présidentielle, alors que rien n’est joué, ni gagné, dans ce grand pays. L’auteur de ces lignes a pu aborder cette question avec des Congolais, les premiers intéressés n’est ce pas, qui lui en ont parlé avec l’énergie du désespoir.

La tutelle

La République Démocratique du Congo est, sans conteste, sous tutelle, celle de la communauté internationale où la Belgique, les États-Unis, la France (par ordre alphabétique), jouent un rôle prépondérant. Récemment, le ministre belge des Affaires étrangères a déclaré qu’il convenait de prolonger la tutelle internationale de la RDC après la période électorale. Embarrassé par tant de franchise, Londres aurait proposé un protocole d’accord donnant au perdant de l’élection présidentielle un statut particulier et des avantages officiels (notamment la mise à l’abri de toute poursuite judiciaire). Nos lecteurs peuvent imaginer certaines réactions congolaises à ce qu’un journal kinnois, Le Potentiel, a appelé RDC, méga laboratoire des occidentaux [1] . Nous avons maintes fois abordé les raisons de l’intérêt des grandes puissances pour la RDC. Pour mes interlocuteurs congolais, cet intérêt représente l’obstacle majeur entre les Congolais et leur capacité de trouver et d’appliquer des solutions à leurs nombreux problèmes. La tutelle serait l’ultime piège, dans lequel tombe un peuple et ses représentants, chacun devant manœuvrer avec elle au détriment de l’intérêt général (la tutelle restant aux commandes des manœuvres). Aucun des nombreux groupes identitaires dont le pays est constitué ne se laissera réduire à une quantité négligeable, mais tous seraient en mesure d’apporter leur pierre à l’édifice national à bâtir. Quand on examine la " gestion " étrangère du Zaïre ou du Congo au cours des dernières décennies (de l’époque coloniale à nos jours en passant par l’assassinat de Lumumba et la période précédant et suivant le génocide des Tutsi au Rwanda), laisser le dernier mot de ces quelques lignes à mes interlocuteurs congolais me paraît s’imposer. Ceci ne contredit en rien, bien entendu, l’indispensable intervention de l’ONU, où que ce soit dans le monde, en cas de génocide (comme cela aurait du être le cas au Rwanda en 1994 par exemple) ou de graves crimes contre l’humanité.

Sharon Courtoux

[1La « solution » adoptée à Sun City (que les Congolais appellent 1+4=0), qui a installé au pouvoir les chefs d’anciennes forces violemment antagonistes - un président et quatre vice présidents - , est considérée comme l’une des pires fautes dudit laboratoire, dont les travaux débouchent notamment sur le maintien de l’impunité et sur l’addiction à celle-ci.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 151 - Octobre 2006
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