Survie

Côte-d’Ivoire : Une catastrophe sanitaire "sans précédent" en Côte d’Ivoire

(mis en ligne le 1er octobre 2006) - Gilles Labarthe

Dossier special Noirs dechets

Des centaines de personnes déjà intoxiquées, plus de 500 000 personnes contraintes à être évacuées d’une région sinistrée, une cellule de crise sur le pied de guerre et une catastrophe "sans précédent, semblable à celle de Tchernobyl en 1985" : à lire la presse ivoirienne, un nouveau scénario d’apocalypse s’est abattu depuis quelques jours aux alentours du port autonome d’Abidjan. Plus de 528 m3 principalement d’hydrogène sulfuré (H2S), de soude (NaOH) et de mercaptan - produits très toxiques pouvant entraîner la mort - ont été déversés sur 7 sites répertoriés pour le moment à travers la capitale, depuis le 19 août 2006. Arrivé la veille, c’est un navire russe battant pavillon panaméen, le Probo Koala, qui a déchargé durant plus de 30 heures ses slops - officiellement des eaux usées, contenant un peu de pétrole - comme si de rien n’était. En réalité, sa vidange chimique était bien plus meurtrière. Comment le Probo Koala a-t-il reçu l’autorisation d’accoster en Côte d’Ivoire, alors qu’il s’était fait refouler successivement de Guinée, Liberia, Sierra Leone et Nigeria, en raison de son chargement hautement toxique ? Pourquoi les autorités portuaires d’Abidjan n’ont-elles pas réagi plus tôt, alors que selon les premiers éléments de l’enquête actuellement menée par la police criminelle, elles avaient été averties du contenu mortel du navire ? Tandis que les opposants au régime de Laurent Gbago dénoncent une fois de plus la corruption des fonctionnaires qui sévit dans la région, la question de l’origine des produits chimiques, des responsabilités et surtout de " qui va payer " fait lentement surface. La traque risque d’être difficile. Comme de coutume pour les convois maritimes de produits pétroliers et chimiques, le Probo Koala a brouillé les pistes, arborant un pavillon de complaisance renvoyant à un paradis fiscal des Caraïbes. Il multiplie aussi les intermédiaires. Sur place, l’écoulement des produits toxiques du navire russe a été effectué par la société Tommy, auxiliaire maritime locale. Pour cette mission spéciale, la société a été approchée par l’entreprise Puma Energy, précise le Commandant Tano Bertin, directeur de la Navigation, de la Sécurité et de la Garde côtière. Puma Energy, avec un siège en Floride, est active depuis 1997 dans la Transport maritime, les installations de stockage et de distribution de produits pétroliers. Or, depuis 2000, son actionnaire à 100 % est un leader mondial du trading : Trafigura Beheer BV, inscrite en Hollande, mais dont le siège décisionnel se trouve à Lucerne. Contactée en Suisse, la firme nous renvoie à une porte-parole du groupe à Londres, qui nous a confirmé hier les liens entre les deux sociétés et l’implication de Puma Energy à Abidjan. De source ivoirienne, on apprend qu’un courrier électronique envoyé le 17 août 2006 par M. Jorge Marrero, de la société Trafigura LTD, qui a affrété le navire, au Capitaine du N’Zi Kablan, administrateur de Puma Energy, aurait bien précisé que le chargement contenait des produits chimiques et qu il fallait " prendre toutes les dispositions afin d’éviter tout problème environnemental ". Le message, balancé par Internet, n’a pas suffi. Un responsable de Trafigura a promis de se rendre sur les lieux pour constater l’étendue des dégâts.

Gilles Labarthe / DATAS

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 151 - Octobre 2006
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