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LIRE : Banque mondiale, le coup d’État permanent de Eric TOUSSAINT

(mis en ligne le 1er novembre 2006) - François Lille

Eric TOUSSAINT, Banque mondiale, le coup d’État permanent, CADTM-Syllepse-CETIM, Paris, 2006 (310 p., 18 €)

Au cours de ses soixante années d’existence, la Banque mondiale a soutenu activement toutes les dictatures et tous les régimes corrompus du camp allié des États-Unis, et saboté activement les trop rares expériences progressistes. Elle a même soutenu quelques régimes de l’autre camp afin d’affaiblir l’URSS. Elle a, de par le monde, renforcé systématiquement les entreprises privées et affaibli à la fois les pouvoirs publics et les petits producteurs. Évasion fiscale, fuite des capitaux et corruption en sont les corollaires obligés. La dette du Tiers monde, inique et proliférante, a depuis longtemps inversé les flux monétaires : c’est maintenant, durablement, le " Sud " qui finance le " Nord ". Agissant en étroite concertation avec le FMI (Fond monétaire international) et l’OMC (Organisation mondiale du commerce), la Banque mondiale tente maintenant de poursuivre cette politique sous le masque de discours sur la lutte contre la pauvreté - mais impose aux pays écrasés par la dette un agenda diamétralement opposé à la satisfaction des droits humains fondamentaux. Les mécanismes politiques, économique et financiers de cette macabre histoire, sont complexes - et ceux qui les manient font tout pour les rendre obscurs. Un des éléments méconnus de cette histoire est le mécanisme des dettes coloniales, où comment la Banque Mondiale a accordé des prêts pour servir les intérêts financiers d’un certain nombres de puissances coloniales, parfois juste avant les indépendances (intérêts miniers de la France en Mauritanie par exemple), dettes qui seront léguées aux pays nouvellement indépendants comme autant de nœuds coulants. Éric Toussaint en met la compréhension à la portée de tous, éclairant ainsi le présent pour mieux concevoir comment changer l’avenir. Un ouvrage de référence de lecture aisée, en 24 courts chapitres que l’on peut aussi bien consulter indépendamment que dévorer à la file. Les chiffres, il en faut en la matière, illustrent le texte en un petit nombre de tableaux et graphiques d’une grande lisibilité, allégeant la lecture au lieu de l’alourdir. Un vrai plaisir à lire, si le sujet n’était pas si sinistre.

François Lille

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 152 - Novembre 2006
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