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A FLEUR DE PRESSE – SPECIAL RAPPORT BRUGUIERE

(mis en ligne le 1er décembre 2006) - Pierre Caminade

Le Figaro, Enquête sur la mission du juge Bruguière (Patrick de Saint-Exupéry), 25/11 : « [Jean-Louis Bruguière] a initialement étudié “cinq hypothèses”, mais s’est très vite trouvé dans l’obligation, affirme-t-il, de n’en retenir qu’une. D’un trait de plume, il explique avoir balayé l’éventualité d’un attentat réalisé par des Hutus appuyés par l’ancienne armée rwandaise (FAR) : “S’agissant des FAR, écrit-il, il a pu être établi qu’elles étaient mal équipées et peu entraînées (...) qu’au surplus, elles ne disposaient que de faibles moyens antiaériens et n’avaient pas de missiles.” Ce point est déterminant : l’attentat du 6 avril 1994 aurait été réalisé avec deux missiles Sam 16. Le problème, et il est de taille, est que l’affirmation du magistrat a été contredite. Jean-Louis Bruguière paraît écarter d’emblée des pistes ouvertes par les parlementaires français. Dans leur rapport, publié à la fin de la mission d’information, ils notent que l’armée rwandaise dispose en 1994 de 40 à 50 missiles Sam 7 et de 15 Mistral. [...] Lors de son témoignage face à la cour d’Arusha, le colonel Théoneste Bagosora, accusé d’avoir été “le cerveau du génocide”, avait également contredit l’affirmation du juge Bruguière. Sur la base de pièces à conviction, l’ancien commandant du bataillon antiaérien à Kigali en 1992 avait admis que les autorités rwandaises de l’époque s’étaient portées acquéreurs de missiles Sam 16. L’hypothèse sur laquelle a travaillé le juge Bruguière n’est pas à écarter. Mais d’autres restent à explorer. »

Agence Hirondelle (Arusha), Le porte-parole du TPIR récuse l’enquête du juge Bruguière, 23/11 : « Selon [Everard O’Donnell, porte-parole du TPIR], des preuves ont été apportées au TPIR que les missiles qui ont détruit l’avion du président rwandais avaient été tirés depuis la zone sous contrôle des forces armées rwandaises. [...] “Nous sommes de l’avis que ce n’est pas l’attentat qui a créé le génocide” a dit O’Donnell. Selon lui le statut du tribunal ne permet de juger que les incriminations de génocide, de crimes contre l’humanité et les crimes de guerre. “L’assassinat d’individus n’est pas du ressort du tribunal” a-t-il dit. Le porte-parole a précisé que le procureur du TPIR n’avait rien reçu du juge Bruguière et qu’en ce qui concernait ses enquêtes, même le conseil de Sécurité des Nations Unies “n’avait rien à lui dire.” »

Pour résumer l’affaire du rapport Bruguière : il écarte une hypothèse majeure pour faire croire à la certitude de la culpabilité unique du FPR, et dès qu’il est rendu public, il est exploité par les autorités françaises pour esquiver la très gênante audition du Colonel Saint-Quentin devant le TPIR.

Pierre Caminade.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 153 - Décembre 2006
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