Survie

Darfour : Au Darfour et autour, silence on tue...

(mis en ligne le 1er décembre 2006) - Guillaume Olivier

En Afrique centrale, rien ne va plus : ni le Darfour, qui continue de brûler après 3 années de conflits sanglants entre milices et factions armées locales, soutenues pour certaines par le régime de Karthoum et pour d’autres par le président tchadien. Les populations autochtones en ont déjà payé un lourd tribut : plus de deux millions de personnes ont dû fuir leur région ou leur pays, causant un désastre humanitaire. En dépit de la résolution des Nations Unies votée le 29 août dernier, et malgré les insuffisances flagrantes constatées au regard de la force de l’Union Africaine (l’AMIS est composée de 7000 soldats et policiers essentiellement rwandais et nigérians, à la fois sous financée et mal équipée), la communauté internationale n’envisage toujours pas l’envoi de troupes de maintien de la paix sans l’aval préalable du Président soudanais. Or celui-ci, rendu responsable de nombreux massacres dans la région, persiste à rejeter le principe d’une quelconque intervention extérieure. Les fragiles tentatives de conciliation de l’Union européenne puis de la diplomatie française (bien tardives et mi-complaisantes) ont confirmé, s’il le fallait encore, la difficulté de faire respecter les droits fondamentaux -universels et indivisibles- lorsque la souveraineté des États (pétroliers) était en jeu...

Au Tchad, le régime vacillant du dictateur Idriss Déby ne tient plus qu’à un fil : celui de la présence militaire française (la France dispose de 1200 soldats pré positionnés en permanence au Tchad, et est liée à ce pays par des accords de coopération militaire). La multiplication des conflits sanglants au Sud Est du pays (récents massacres de 350 villageois par des groupes instrumentalisés par le pouvoir en place), l’avancée progressive des trois principaux groupes rebelles et, sur la scène politique intérieure, le refus du Président Déby d’ouvrir la consultation nationale demandée par l’ensemble de la classe politique d’opposition et la société civile, font du Tchad l’un des pays les plus instables -et potentiellement explosifs- du continent. Quel rôle exact joue la France dans cette situation de pré-chaos annoncé ? Si le soutien -logistique et en renseignements- de l’hexagone au régime tchadien est désormais avéré, des informations circulent sur des tractations officieuses qui seraient en cours entre les services français et la principale faction rebelle. Ce qui expliquerait peut-être l’absence d’ingérence militaire directe de la France lors de la prise d’Abéché (la principale ville à l’Est du pays) le 25 novembre dernier par les troupes du Général Mahamat Noury (UFDD), et leur avancée annoncée vers la capitale (pas encore vérifiée à l’heure où nous publions)...

En Centrafrique, la rébellion initiée au Nord Est du pays a pris possession des villes de Birao et d’Ouanda Djalle, dans la préfecture de Vakaga, et continue d’avancer vers Bira (près de laquelle se trouvent des mines de diamants), contribuant au chaos politique et aux représailles violentes des troupes gouvernementales. Déjà 300 000 personnes auraient besoin d’assistance selon plusieurs représentants d’organisations humanitaires. S’il est difficile de cerner l’identité des rebelles (insurgés centrafricains, mercenaires et rebelles tchadiens pour la plupart), le Président Bozizé (à l’instar de son mentor Idriss Déby) accuse le Soudan d’en être l’initiateur, cherchant ainsi à se dédouaner de toute responsabilité interne. On peut également s’interroger sur les raisons précises du soutien militaire français qui, comme au Tchad lors de la tentative de coup d’État du 13 avril dernier, appuie les forces gouvernementales en logistique et en renseignement. Le pot brûle dans la région... mais silence, on tue !

Guillaume Olivier

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 153 - Décembre 2006
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