Survie

Ils ont dit : Affaire

(mis en ligne le 1er décembre 2006) - Victor Sègre

« Il me semble que la corruption que l’on a connue dans les années 1980-1990, fondée sur la mise en place d’un système – je pense à Urba et aux marchés de la région Ile-de-France – appartient au passé. Désormais, ce sont surtout des dérives individuelles qui ont succédé à ces pratiques. J’ai au moins une raison d’être optimiste : si j’en crois les dernières statistiques de Transparency Agency [sic], la France est passée du 27ème au 18ème rang des nations les moins corrompues de la planète... » (Jean-Claude Marin, procureur de Paris, L’Express, Le parquet n’étouffe pas les affaires, le 10/11).

Le système "abracadabrantesque" n’a évidemment pas disparu, mais certains juges et journalistes font remarquer que le parquet fait traîner les instructions préliminaires et n’ouvrent pas d’informations judiciaires sur les sujets sensibles. L’affirmation n’étonnera donc pas trop de la part d’un procureur très dévoué au pouvoir politique. Dernière illustration en date, Jean-Claude Marin vient de rappeler à l’ordre les juges qui enquêtent sur l’affaire Clearstream, exigeant la convocation de D. de Villepin en qualité de témoin (et donc pas de mis en examen ou de témoin assisté), la convocation de Rondot en qualité de témoin assisté (sans aucune autre logique judiciaire, puisqu’il n’est que l’exécutant de Villepin, que de lui permettre d’accéder au dossier) et, cerise sur le gâteau, la mise en examen du journaliste Denis Robert, par qui le scandale est arrivé, pour recel d’abus de confiance pour avoir détenu et utilisé des documents bancaires détournés. Les deux juges, d’Huy et Pons, en charge de l’affaire l’ont fort heureusement envoyé balader. Enfin concernant la référence au classement de "Transparency Agency" (en fait "Transparency International sans doute"), rappelons les enquêtes – utiles – de cette ONG ne mesurent par la corruption en fonction de critères objectifs, mais le sentiment de corruption ressenti par les populations. Si Jean-Claude Marin a été sondé, il aura certainement contribué à faire remonter la France dans le classement puisqu’il analysait deux jours plus tôt dans 20 minutes au sujet du refus de lever le secret défense dans l’affaire des frégates : "Depuis quelques années, les levées du secret-défense sont plus nombreuses. Lorsqu’il n’est pas levé, je pense et j’espère que ce n’est pas fondé sur le souci de protéger une action réprimée par la loi mais bien le reflet de la défense des intérêts supérieurs de l’État." Les deux ne sont hélas pas incompatibles, mais l’espoir fait vivre...

Victor Sègre

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 153 - Décembre 2006
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