Survie

RDC : A fleur de presse : Regain d’insécurité à Goma et ailleurs

(mis en ligne le 1er décembre 2006) - Survie

Pole Institute, Regain d’insécurité à Goma et ailleurs (Onesphore Sematumba), 24/11 :
« Depuis la proclamation des résultats provisoires du second tour de la présidentielle, la République Démocratique du Congo ressemble plus que jamais à un bateau ivre, qui vogue à la merci des vents.
À Kinshasa, la capitale qui a de nouveau adoubé le candidat Jean-Pierre Bemba, confirmant son hostilité au candidat et Président sortant Joseph Kabila, l’ambiance est électrique et les événements du 21 novembre 2006 ont prouvé à quel point il sera très difficile pour l’actuel locataire du Palais de la Nation de gouverner. Ce jour-là, en effet, la séance de travail de la Cour Suprême de Justice qui devait justement plancher sur les revendications du candidat Jean Pierre Bemba, s’est terminée dans un chaos total.
Malgré la présence de toutes les forces armées nationales et étrangères sur les lieux (Police nationale congolaise, EUFOR, EUPOL, MONUC), une poignée de manifestants (deux cents, selon des sources concordantes) est parvenue à incendier partiellement le lieu emblématique et à le piller, mettant ainsi à nu la vulnérabilité de tout le système sécuritaire que la Communauté internationale tente depuis plus de trois ans de mettre en place et d’accompagner. Ce n’est que grâce à l’intervention (tardive) de la MONUC que le feu a été maîtrisé, les sapeurs-pompiers congolais ayant été à court... d’eau ! [...] Sachant que le processus de sortie de crise en RDC a été porté à bout de bras par la Communauté internationale qui a tout organisé, de la formule 1+4 aux élections “libres, démocratiques et transparentes”, qu’adviendra-t-il lorsque ladite Communauté déposera le pays et ses dirigeants à terre, avec le ouf de soulagement qu’on imagine ? Autrement dit, la RDC pourra-t-elle survivre au départ de tous ses parrains ? Cette question, tout le monde devrait se la poser, dans la mesure où la classe politique au sommet s’évertue à briller par son manque manifeste de maturité et le refus de jouer le jeu démocratique.
En province, le contexte n’est guère plus reluisant. En Ituri, des fosses communes viennent d’être découvertes dans un camp des Forces armées de la RDC. Au fond de ces fosses, une trentaine de corps ayant appartenu à des déplacés internes ayant fui les combats entre l’armée nationale et les milices locales, et qui auraient été purement et simplement massacrés par ceux auprès de qui ils cherchaient refuge. Là aussi, sans le concours de la MONUC, cet acte ignoble aurait été classé sans suite et les morts rangés parmi les disparus dont notre Histoire regorge : ceux qu’on ne pleure pas ! Les jeunes institutions qui vont bientôt se mettre en place (enfin !), notamment les Assemblées provinciales, pourront-elles lever le voile sur les coins les moins brillants de notre histoire récente pour une réconciliation véritable, préalable à la solidarité sans laquelle la bataille du développement serait perdue d’avance ?
À Goma, l’insécurité a repris de plus belle. [...] La nomination d’un nouveau commandant de la 8ème Région militaire tombe donc à point nommé. Le Général de brigade Ngizo vient combler le vide laissé par le Général Amissi, promu il y a quelques mois Chef d’Etat Major des Forces terrestres. Ancien de l’Armée nationale du Congo (ANC), l’ancienne branche armée de la rébellion du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) qui avait ses quartiers à Goma, le nouveau Commandant [...] devra faire face aux groupes armés étrangers qui écument certaines parties de son entité, notamment les FDLR et Interahamwe Rwandais. Il lui faudra aussi résoudre l’épineuse question de la présence des troupes fidèles au Général déchu Laurent Nkunda, qui contrôle d’importants espaces dans les territoires de Rutshuru et de Masisi. Encore faut-il que les nouvelles institutions politiques dotent le pays d’une armée nationale véritablement républicaine. Les efforts de la Communauté internationale (encore elle !) n’ont pas abouti, c’est le moins qu’on puisse dire. Le processus dit de “brassage” des forces naguère belligérantes, a accouché de quelques brigades politiquement mélangées, chacune pouvant se reconnaître par la couleur de son brassard, sans plus. Comment former une véritable armée lorsque les différents belligérants et les milices ont promu des généraux et autres officiers cooptés au sein des FARDC sans aucune formation militaire de base ? Comment passer des armées personnelles à la solde des individus à une Armée au service du pays et de ses habitants ? L’avenir de la RDC dépendra de la réponse que l’on aura donnée à ces interrogations au moment où la Communauté internationale mettra le “fardeau RDC” à terre. »

Cet article renvoie à la salve article 732

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 153 - Décembre 2006
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