Survie

Afrique : ils ont dit : Écologie

(mis en ligne le 1er janvier 2007) - Odile Tobner

« [Vous dénoncez la part active de la France dans cette destruction.]
Notre pays est un acteur majeur de la filière commerciale des bois tropicaux et, à ce titre, participe activement à la déforestation, aux côtés de compagnies privées françaises comme Pallisco, Rougier Océan, Bolloré, Leroy Gabon... Je suis scandalisé que les gouvernements français successifs laissent saccager les forêts d’Afrique centrale après celles d’Afrique de l’Ouest.
[Là, vous sortez du discours scientifique.]
C’est l’expérience du Radeau des cimes qui m’a ouvert les yeux, qui a été le déclic. J’ai été confronté aux collectivités locales, aux déboiseurs, aux faiseurs de routes... On nous donnait un site à étudier et, dès que nous avions tourné le dos, ce site était rasé ! Parfois, le discours scientifique devient la plus subtile des langues de bois et je crois qu’au contraire, face à ce massacre, on doit élever la voix. Je suis botaniste mais aussi humaniste.
[Alors c’est vraiment fichu ?]
Je ne suis pas pessimiste de nature, mais la disparition de ces forêts est aujourd’hui inéluctable. Je recherche désespérément un producteur de cinéma pour réaliser un film sur les forêts tropicales tant qu’il en existe encore, pour en garder au moins la mémoire ! Jacques Perrin est d’accord, mais booké jusqu’en 2025. Ce sera trop tard. »
(Eliane PATRIARCA, Libération, On massacre sous nos yeux les dernières forêts primaires, le 27/11).

Le botaniste Francis Hallé est à l’origine de l’initiative radeau des cimes pour étudier les forêts tropicales (www.radeau-des-cimes.org). Il affirme que seul l’arrêt total de l’exploitation de la forêt primaire peut sauver le milieu forestier où vivent des populations pratiquant l’agroforesterie depuis des millénaires. Connaissant et dénonçant les ravages de l’activité des exploitants forestiers, il dénonce les démarches d’écocertification comme des alibis qui n’éviteront pas un désastre écologique et humain annoncé. Les besoins de bois devraient être satisfaits par des espaces plantés à cet effet.

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 154 - Janvier 2007
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