Survie

Centrafrique : RCA : La guerre et le nerf de la guerre

(mis en ligne le 1er janvier 2007) - Victor Sègre

Les autorités françaises ne se contentent pas de mener les opérations militaires en Centrafrique : elles veillent aussi à l’approvisionnement des caisses du régime Bozizé. Ainsi début décembre, on apprenait que le conseil d’administration de la Banque Mondiale (BM), « activement encouragé par la France » (Jeune Afrique 03/12), débloquait d’urgence une subvention de 82 millions de dollars (63 millions pour effacer les arriérés dûs à la banque, 12 millions pour couvrir le service de la dette et 7 millions d’aide budgétaire). Décision d’autant plus surprenante que les relations entre la BM et la Centrafrique sont gelées depuis 2002 pour défaut de paiement. Dans le même temps, la France a accordé à Bangui une aide exceptionnelle d’un million d’euro, destinée à apurer ses arriérés vis-à-vis de la Banque africaine de développement (BAD). Selon l’ambassadeur de France, Alain Girma, il s’agit d’appuyer « une stratégie commune de réengagement de la BAD et de la Banque mondiale (BM) » et « l’approbation par le Fonds monétaire international (FMI), au profit de la République centrafricaine, d’une Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC), conditionnée par l’apurement des arriérés dus aux bailleurs de fonds internationaux » (AFP, 05/12). Le surlendemain, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine décidait « le principe d’une aide budgétaire directe » et « un appui aux forces armées centrafricaines » (BBC Afrique, 08/12), dont les exactions à l’encontre des populations civiles sont pourtant publiquement reconnues par l’UA elle-même. Une table ronde des donateurs était également annoncée. Toutes ces décisions sont évidemment justifiées par la nécessité de promouvoir le « développement » du pays pour mettre fin à son « instabilité ». On aimerait y croire... Il y a fort à parier que ces remises de dettes providentielles et le déclenchement d’un nouveau cycle d’endettement appuie la consolidation militaire du régime sans la moindre forme de redistribution sociale ou d’ouverture démocratique.

Victor Sègre

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 154 - Janvier 2007
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