Survie

France : ils ont dit : Mondialisation

(mis en ligne le 1er janvier 2007) - Victor Sègre

« Ce qui n’était pas prévu est finalement arrivé. J’ai reçu une convocation de première comparution à mon domicile la semaine passée. [...] On me reproche un recel d’abus de confiance sur lequel je me suis déjà expliqué ici. Je répondrai sans aucune difficulté à toutes les questions qui me seront posées, comme je n’ai jamais manqué de le faire. [...] j’ai toujours œuvré dans l’unique but d’informer le plus grand nombre, sans jamais enfreindre la loi, sur les pratiques et dérives en cours dans ce milieu très opaque de l’hyperfinance. Je suis allé là où aucun juge n’avait jamais mis les pieds car dans les paradis fiscaux, les magistrats ont pour fonction indirecte mais bien réelle de protéger les criminels. [...] Ma volonté d’informer le plus grand nombre s’est ensuite concrétisée par la publication en juin dernier de mon livre Clearstream, l’enquête, où j’ai, le premier, révélé les turpitudes et les protections des acteurs de cette tragicomédie à la française. Cette histoire de corbeau est d’abord l’histoire du détournement de mon travail à des fins politiciennes, et en définitive, mercantiles. Cette convocation judiciaire tombe après que mes téléphones ont été écoutés, mes e-mails piratés, et après que des policiers et un expert en informatique ont perquisitionné mon bureau, recopiant les disques durs de plusieurs de mes ordinateurs, détruisant au passage l’un d’eux. [...] Je suis aujourd’hui la victime non consentante d’une minable guerre politicienne entre sarkozystes et chiraquiens. Aujourd’hui, le Parquet a obtenu ma mise en examen. Les juges ont obtempéré. Cela permet au moins de ne pas parler de l’implication des politiques et d’ouvrir une brèche sur un autre front. Là sont le cynisme et le calcul. Jacques Chirac, Michèle Alliot-Marie, Dominique de Villepin, mais aussi Nicolas Sarkozy étaient à coup sûr tous informés, au moins depuis juin 2004, du trafic des listings de Clearstream. C’est facilement démontrable. »
(Denis ROBERT, Ma mise en examen est programmée, le 28/11).

L’acharnement judiciaire contre Denis Robert ne s’arrête pas là. Il vient d’être condamné lourdement pour propos diffamatoires, à la suite d’une interview bidonnée dans VSD. VSD a reconnu avoir trafiqué l’interview mais n’a pas été inquiété. Clearstream ne va pas manquer d’exploiter le jugement (dont Denis Robert fera appel), déjà relayé sans aucune explication dans la presse. Autant d’éléments à apprécier à l’aune des promesses récurrentes de sévir contre les "patrons voyous" ou de lutter contre la criminalité financière...

Victor Sègre

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 154 - Janvier 2007
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