Survie

Rapport Bruguiere : Un statut très particulier

(mis en ligne le 1er janvier 2007) - Sharon Courtoux

Par l’AFP, nous apprenons que le juge Bruguière a reçu les avocats de la veuve de Juvénal Habyarimana, Agathe Kanziga, partie civile depuis avril 2004 dans l’enquête, instruite depuis 1998, sur l’attentat contre l’avion de l’ancien Président rwandais du 6 avril 1994. Le rapport de l’enquête du juge antiterroriste publiée, l’émission de neuf mandats d’arrêts contre des proches du président Kagame effectuée, ils venaient sans doute aux nouvelles...

À cette occasion, les avocats de la plaignante ont rappelé que cette dernière n’avait “toujours pas obtenu le statut de réfugiée en France” dont elle a fait la demande en 2004. Ils ont déclaré avoir formulé un recours devant la Commission de recours des réfugiés. En attendant, Agathe Kanziga bénéficie d’autorisations provisoires renouvelables régulièrement... depuis que François Mitterrand l’a faite débarquer en France au lendemain du déclenchement du génocide !

Rappelons que l’ancienne première dame du Rwanda est notoirement connue pour ses opinions favorables à l’élimination des Tutsi. Il est même probable qu’elle soit parmi les principaux ordonnateurs du génocide. Une équipe d’enquêteurs (composée d’effectifs peu importants semble-t-il) lancée sur ses trousses par le TPIR n’a jusqu’ici pas réussi à constituer un dossier susceptible d’amener la dame devant ce tribunal. Les enquêteurs n’auraient pas reçu beaucoup d’aide et d’assistance chemin faisant, et guère d’encouragements, notamment dans notre pays.

La France craint la mauvaise publicité qui ne pourrait que l’atteindre si elle accordait officiellement – donc publiquement – refuge à Agathe (après lui avoir offert gîte et couvert), mais semble cependant décidée à ne pas la laisser rejoindre la cohorte des sans papiers. Et si d’aventure les investigations en cours la concernant aboutissaient ? Il faudrait aménager son statut, déjà très particulier, afin de la mettre à l’abri de tout inconvénient majeur. Il lui serait pourtant loisible de continuer d’accuser le FPR d’avoir abattu l’avion de son mari depuis Arusha, où elle serait mieux à sa place que dans la région parisienne où elle réside. Mais la fidélité en amitié compte avant tout...

Sharon Courtoux

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 154 - Janvier 2007
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