Survie

Ravages de la guerre et intervention directe de la France en Centrafrique

(mis en ligne le 1er janvier 2007) - Odile Tobner

Le 30 octobre dernier une centaine de combattants de l’UFDR (Union des forces démocratiques pour le rassemblement) a occupé la ville centrafricaine de Birao, située près des frontières avec le Tchad et le Soudan, puis rapidement d’autres localités dans la région nord-est. L’UFDR est une coalition de trois anciens groupes armés issus de camp adverses dans le passé. Elle rassemble en effet des ex-libérateurs, alliés au président Bozizé jusqu’à sa prise du pouvoir en 2003, sous le commandement d’Abdoulaye Miskine, ex-rebelle tchadien et ancien collaborateur de Patassé.

Bangui a, d’une part, accusé le Soudan de soutenir la rébellion et a, d’autre part, exigé l’arrestation le 20 novembre à Cotonou (Bénin) du président de l’UFDR Michel Am Non Droko Djotodia et de son porte-parole le capitaine Abakar Sabone. Les associations des droits de l’Homme ont mis en garde les autorités béninoises contre toute tentative d’extradition des deux hommes vers la Centrafrique « où il risquent la peine de mort ».

Le Tchad a immédiatement envoyé des troupes au secours de Bozizé, pour renforcer le contingent de la Fomuc (Force multinationale en Centrafrique, composée de soldats tchadiens, gabonais et congolais), stationné en Centrafrique. Les Faca (Forces armées centrafricaines), appuyées par des soldats et des tirs de Mirage français, ont repris l’aéroport et la ville de Birao le 27 novembre au cours d’une opération aéroportée.

Du 28 novembre au 2 décembre, une colonne des Faca, appuyées par la Fomuc et par un « détachement opérationnel » d’une quinzaine de militaires français, partie de la ville minière de Bria, à 400 km au sud de Birao, a reconquis successivement, parfois à la suite de violents combats, les localités de Mouka puis de Ouadda, de Sam Ouandja et de Ndélé. Plusieurs bombardements de Mirage français ont accompagné cette reconquête.

Cependant rien n’est résolu. Les rebelles, chassés des villes, se sont dispersés dans la région. Selon une source militaire française : « Il reste maintenant tout un travail de nettoyage à faire, qui prendra du temps car l’espace est grand et les moyens limités ». L’Union africaine (UA) a déploré les exactions commises par les forces gouvernementales et dénoncé « l’impunité » dont elles jouissent. Des exécutions sommaires, démenties par Bangui, de villageois soupçonnés d’aider les rebelles auraient eu lieu. Plus de 3000 personnes auraient fui vers le Soudan. L’insécurité qui règne dans tout le nord-est s’ajoute à celle que font régner plusieurs groupuscules rebelles, bandes armées et “coupeurs de route” depuis plus d’un an dans le quart nord-ouest de la Centrafrique.

L’opposition centrafricaine s’est déclarée « indignée de voir la France s’engager directement et résolument dans la logique de l’affrontement militaire ». Dénonçant « cette intrusion française dans le conflit », l’Union des forces vives de la Nation (UFVN) a affirmé qu’il y avait eu des « massacres » de civils « occasionnés par les bombardements » des Mirage, même si aucun bilan de ces combats n’est encore disponible. Principale coalition de l’opposition, l’UFVN comprend notamment le Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC) du président déchu Ange-Félix Patassé, renversé en 2003 par l’actuel chef de l’État François Bozizé et accusé par les autorités de soutenir la rébellion.

Après une semaine de grève, la presse privée a elle aussi protesté « Silence ! La France tue dans la région nord-est », titre le quotidien Le Citoyen, notant que cette « énième intervention militaire disproportionnée » se déroule « en plein brousse, loin des regards indiscrets de la presse et des organisations humanitaires ».

Un “dialogue” incluant les rebelles est réclamé par l’opposition, la presse privée et une partie de la société civile. « L’intervention française ne fait que repousser le problème », explique le président de la Ligue centrafricaine des droits de l’Homme (LCDH), Nganatouwa Goungaye Wanfiyo, qui s’étonne que la France, au lieu d’œuvrer pour la paix, ait activement soutenu le très contesté Bozizé dans sa logique de guerre. En France, les communiqués du ministère de la Défense n’ont pas craint de parler de « légitime défense » des forces françaises...

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 154 - Janvier 2007
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