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Lire : Fadel Dia, Á mes chers parents gaulois

(mis en ligne le 1er février 2007) - Odile Tobner

Fadel Dia Á mes chers parents gaulois Les Arènes 2007, 335 p.

Dans cet essai ironique, Fadel Dia, né en 1939 au Sénégal, ancien professeur d’histoire et géographie, qui a occupé différents postes au Ministère de l’éducation du Sénégal avant d’être Secrétaire général de la conférence des ministres de l’éducation des pays francophones, vide son sac sur la relation franco-africaine telle qu’il l’a vécue.

Son écriture, d’une impeccable élégance, sa culture aux références françaises sans faille, témoignent de ce qu’a été la francisation des élites intellectuelles en Afrique francophone. Cette entreprise ne serait pas condamnable en soi si la France avait reconnu à ces élites le droit de parler d’égal à égal avec l’intelligentsia française. Or Fadel Dia relève avec une pertinence sévère la persistance des préjugés, le paternalisme, la condescendance avec lesquels les intellectuels africains sont traités par la France.

D’abord ils ne sont acceptés que lorsque, comme L. S. Senghor, ils chantent la supériorité de la langue et de la culture françaises. Mais, même dans ce cas, ils ne sont guère considérés lorsqu’ils n’ont plus d’utilité, montrant leur office de purs faire-valoir. L’ostracisme attend ceux qui, comme Cheikh Anta Diop, osent remettre en cause la prééminence des maîtres blancs et ne s’alignent pas sur leurs dogmes.

L’arrogante domination culturelle que la France a exercée sur ses colonies, s’ajoutant à la domination politique et la parachevant d’une façon terriblement efficace, risque de prendre fin brutalement. Il n’est pire hostilité que celle qui succède à un amour déçu. Fadel Dia invite les Français à laisser tomber les écailles qui aveuglent leur regard sur les Africains, à écouter ce qu’on pense d’eux, qui les surprendra certainement.

S’ils ont assez d’esprit pour admettre la critique, ils pourront peut-être comprendre que les jeunes générations souhaitent tourner la page et construire leur destin de French speaking sur la base d’une réflexion africaine, comme l’ont déjà fait avec l’anglais, l’espagnol et le portugais, les peuples qui ont depuis longtemps rompu le cordon ombilical avec les métropoles colonisatrices.

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 155 - Fevrier 2007
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