Survie

France - Rwanda : Une poche de résistance d’anciens de l’opération Turquoise cherche à s’infiltrer à l’Assemblée nationale

(mis en ligne le 1er mars 2007) - Emmanuel Cattier

Deux députés, anciens membres de la Mission parlementaire d’information sur le Rwanda, sont en désaccord sur la tentative de l’association France Turquoise, du nom de l’opération militaro-humanitaire française mise en place vers la fin du génocide en 1994, de faire prévaloir exclusivement la vision des militaires français sur les événements du Rwanda au sein de l’Assemblée nationale. Rappelons que cette association, fût montée rapidement fin 2005 par le staff de l’opération Turquoise, à la suite des plaintes de Rwandais déposées devant le TPIR à Paris.

Selon une dépêche de l’AFP, publiée par l’association France-Turquoise, « Le député UMP de l’Ain, Michel Voisin, a annoncé mardi la création d’une délégation locale "Assemblée nationale" de l’Association France Turquoise, qui s’est fixé comme objectif "d’établir la vérité" sur l’action de l’armée française lors du génocide au Rwanda en 1994. [...] Elle a aussi pour objectif de "participer à l’établissement ou au rétablissement de la vérité sur l’action de l’armée française et des militaires français" dans ce pays d’Afrique, rappelle M. Voisin. Ce dernier invite ses collègues à adhérer à l’association. »

Ce à quoi le député communiste Jean-Claude Lefort, député du Val-de-Marne, a répondu : « la création de cette association à l’initiative d’un député ne peut en aucun cas se prévaloir [...] de l’institution "Assemblée nationale". [...] Seul le Bureau est habilité en cette matière, pour avoir à donner son accord ou non à pareille initiative. En l’espèce, le caractère même de cette association empêche absolument tout engagement de l’Assemblée nationale en tant que telle. Il y a donc dans l’intitulé (section ou délégation locale de l’Assemblée nationale) de cette association un détournement et une usurpation graves qui ne plaident pas en faveur de sa création. [...] Si, comme le dit M. Voisin, 10 ans après il y a désinformation et attaques "récurrentes" contre l’armée française c’est qu’il estime que la Mission d’information de notre assemblée n’a pas joué son rôle. Il conviendrait alors qu’il propose la création d’une Commission d’enquête qui a des moyens et des pouvoirs plus étendus. »

Pour détendre l’atmosphère, nous pourrions proposer que la Commission d’enquête citoyenne crée une délégation locale « Assemblée Nationale » pour que les députés varient leurs sources d’informations... Mais pour rester sérieux, il serait plus constructif, comme le suggère le député du Val de Marne, que les députés s’emparent vraiment de ce problème en créant une commission d’enquête sur la Rwanda, ce que nous demandons au moins depuis 1998. La rupture des relations diplomatiques avec le Rwanda montre l’acuité de cette exigence. Rappelons aussi que Monsieur Lefort avait refusé de signer le rapport de la mission d’information en 1998, contrairement aux autres membres de son groupe politique qui n’avaient pas suivi les travaux de la mission d’aussi prêt que lui. De la part du député communiste une telle prise de position personnelle fût probablement très motivée.  [1]

Emmanuel Cattier

[1Voir sur le site de la CEC les liens vers le site de l’association France Turquoise www.enquete-citoyenne-rwanda.org / rubrique actualités.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 156 - Mars 2007
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