Survie

Congo Brazza : Quand Brazzaville redeviendra Mfoua, les Congolais feront la fête.

(mis en ligne le 1er mai 2007) - Sharon Courtoux

Brigitte Girardin, ministre française déléguée à la coopération, a convoyé de l’argent public à Brazzaville pour un projet qui rend hommage à Pierre Savorgnan de Brazza, agent du colonialisme français au 19ème siècle. Un don effectué en présence de la fille d’un proche du président congolais, Denis Sassou Nguesso.

Selon La Lettre du Continent, « c’est dans un cadre exclusivement privé que Brigitte Girardin, la ministre française déléguée à la coopération, a donné une enveloppe de 300 millions de F CFA (soit plus de 4 millions et demi d’euros) à la fondation Pierre Savorgnan de Brazza ». Cette somme [1] serait destinée à la construction d’une bibliothèque annexée au mémorial récemment dressé en hommage au célèbre explorateur de l’Afrique Centrale. Ce dernier a signé, en 1880, au nom de la France, un traité avec le souverain (le Makoko) de la région. Par ce traité, le Makoko abandonnait ses droits héréditaires de suprématie. C’est Savorgnan de Brazza qui a permis la voracité coloniale française sur une terre, aujourd’hui la République du Congo, dont la capitale porte toujours le nom.

Les Congolais, avides d’en finir avec un néocolonialisme prédateur, attendent le jour où leur capitale retrouvera son nom d’origine : Mfoua. Il coïncidera sans doute avec le départ, de Denis Sassou Nguesso, qui les voue à la misère avec l’appui de Paris.

Toujours selon la Lettre du Continent, Madame Girardin a visité la fondation Savorgnan de Brazza en compagnie de la fille d’un membre du cabinet du président Sassou. Madame Belinda Ayessa, est aussi l’adjointe de Jean-Paul Pigasse, patron des Dépêches de Brazzaville et adorateur (aux ordres de la République Française) du président congolais. Dans son éditorial du 13 avril, il ose écrire que le redressement du CongoB a été mené "plus vite que les plus optimistes l’imaginaient", soulignant l’importance du "projet de société initié par Sassou Nguesso". Un projet de société privilégiant les monuments à la gloire d’un conquérant étranger au détriment des services de base : l’école, la santé ou l’emploi. Un système qui lui permet de détourner l’argent public à son bénéfice et celui de ses proches, laissant 80 % des congolais vivre avec un dollar par jour.

Quelles sont donc les autorités françaises qui ont permis à Madame Girardin la distribution d’argent public dans un « cadre exclusivement privé » ? Pour honorer, qui plus est, Savorgnan de Brazza et son héritier Denis Sassou Nguesso, bourreau du Congo Brazzaville. Elles devront en répondre car c’est clairement une atteinte à la dignité et à la souveraineté du peuple congolais.

A nos partenaires congolais en lutte contre la dictature soutenue par la France, nous donnons rendez vous, dans un avenir que nous espérons proche, à Mfoua. Nous ferons la fête ensemble !

Sharon Courtoux

[1à laquelle devrait s’ajouter ultérieurement 1.5 milliards de francs CFA selon La Lettre du Continent

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 158 - Mai 2007
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