Survie

Congo Brazza : Un vent mauvais dans les voiles de la « Matongo Congo »

(mis en ligne le 1er mai 2007) - Victor Sègre

Pour la 3ème année consécutive, la dictature congolaise organise une course à la voile entre Marseille et Pointe Noire pour faire oublier ses crimes économiques et politiques. Complices et gogos sont hélas plus nombreux cette année à cautionner l’événement.

Les lecteurs de Billets d’Afrique (cf. n°138 et 149) savent que la course « route de l’équateur », rebaptisée « Matondo Congo » n’est qu’une opération marketing destinée à masquer la nature du régime de Sassou N’Guesso. Selon le site officiel de la course, la majorité du financement est assuré par l’Union Patronale et Interprofessionnelle du Congo. Les deux tiers des sponsors cités sont des filiales de groupes français ou des entreprises à capitaux français : Crédit Lyonnais, CODISCO (CFAO), GETMA, Gras Savoye, Heineken, Saris (groupe Vilgrain), Socofran, SDV (Bolloré), Socotrans, Total, Maurel&Prom. Que du beau monde ! « Quatre raisons motivent le Congo et ses partenaires » dans l’organisation de la course : « mieux faire connaître le potentiel économique du Congo », « d’attirer de nouveaux investisseurs », le « défi sportif » ne venant qu’en 4ème position !

Aux côtés des sponsors, les partenaires-complices sont également bien représentés : Publicis Consultants, La Mairie de Marseille, La Marine Nationale, la Patrouille de France et, semble-t-il, des représentants de la région PACA qui ne sont pas nommés. L’un des trois fournisseurs officiels est le CAPE (Centre d’Accueil de la Presse Etrangère à Paris) dirigé par le directeur de France Inter, Gilles Schneider. Les médias dont aussi partenaires : i-télé, les radios BFM et RFI et le Nouvel Observateur d’ailleurs remercié pour sa « mise à disposition (gratuite ?) d’espaces publicitaires ». Plusieurs sportifs célèbres ont également cautionné l’initiative, dont Florence Artaud « très contente d’y participer cette année » et qui trouve « le parcours sympa ». Suggérons-lui d’emporter Afrique, pillage à huis clos, de Xavier Harel comme lecture de voyage.

Cette année, l’habillage de la course se veut aussi humanitaire avec le soutien du Sidaction. Les « orphelins du sida » congolais se verront reverser, par la course, la somme ridicule de 5000 euros. Rappelons qu’à Pointe Noire, ville d’arrivée, le taux de prévalence serait au moins de 14% et de près de 10% à Brazzaville. Dans la même veine, l’organisation initie un concours de dessin pour les enfants congolais dont le gagnant remportera des fournitures scolaires « pour une année et ce pour tous les élèves de sa classe. » Voilà qui ne ruinera personne ! Pour l’année prochaine, on suggère un concours de calcul : combien d’écoles aurait-on pu construire et combien d’écoliers aurait-on pu scolariser gratuitement au Congo avec les milliards détournés par le clan Sassou sur la rente pétrolière ?

Victor Sègre

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 158 - Mai 2007
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