Survie

Élection au Nigeria

(mis en ligne le 1er mai 2007) - Odile Tobner

Avec 130 millions d’habitants le Nigeria est le plus peuplé des États africains. C’est aussi le premier producteur de pétrole du continent. Ce n’est que la troisième puissance économique, après l’Afrique du Sud et l’Algérie. L’histoire de cette ancienne colonie britannique a été chaotique. Les coups d’État militaires se sont succédé et la rébellion des Ibos, de 1967 à 1969, armée et soutenue par la France de Foccart, a été vaincue au prix d’un million de morts.

Le 21 avril le Nigeria élisait le président qui doit succéder à Olusegun Obasanjo, qui ne pouvait se représenter au terme de son deuxième mandat de quatre ans. M. Yar’Adua, âgé de 56 ans et gouverneur musulman de l’Etat nordiste de Katsina, remporte le scrutin à une écrasante majorité. Soutenu par le président sortant Olusegun Obansanjo, il a obtenu 24,6 millions de voix, soit trois fois plus que le général Buhari. Ce dernier, ancien chef de la junte militaire dans les années 80, a obtenu 6,6 millions de voix ; l’actuel vice-président Atiku Abubakar, ancien PDP (People’s Democratic Party) devenu candidat de l’Action Congress (AC), en a recueilli 2,6 millions. Les principaux partis politiques du Nigeria ont rejeté le scrutin, le qualifiant de frauduleux, et des observateurs locaux et internationaux ont fait état d’irrégularités importantes. La mission d’observation de l’Union européenne a affirmé que le vote n’était pas crédible et les Etats-Unis ont évoqué de graves irrégularités.

Le Nigeria est ravagé par deux maux principaux, la corruption et l’exploitation sauvage du pétrole. Après les sommets atteints dans la corruption sous la dictature de Sani Abacha, le président Obasanjo avait acquis une certaine réputation d’honnêteté. Le Nigeria avait même obtenu la saisie et le rapatriement de 800 millions de dollars détenus en Europe par le clan Abacha.

L’exploitation du pétrole, par la Shell majoritairement, se fait dans des conditions de total mépris de l’environnement. Tout le delta du Niger, très peuplé, subit les conséquences catastrophiques des rejets des déchets pétroliers dans les eaux du delta. Comme les compagnies pétrolières trouvent qu’exploiter le gaz dégagé par les forages coûterait trop cher, ce gaz est brûlé. D’immenses torchères brûlent ainsi depuis des dizaines d’année consommant des milliards de m3 de gaz, provoquant des retombées de suies polluantes, faisant du delta du Niger le plus gigantesque site d’émission de gaz à effet de serre de toute la planète.

Ce scandale écologique et économique se déroule en toute impunité. Un mouvement armé issu de la révolte des populations du delta, le MEND (Mouvement d’émancipation du delta du Niger) s’attaque aux installations pétrolières et pratique des enlèvements d’étrangers qui y travaillent et qu’ils rançonnent.

Si les élections locales et présidentielles qui viennent de se dérouler au Nigeria ne sont pas à l’évidence un modèle de régularité démocratique, c’est la première fois que de telles élections sont dénoncées officiellement et avec autant de vigueur par des grandes puissances et par la presse internationale. Il n’y a guère eu de protestations en effet contre les élections bien plus contestables encore qui se sont déroulées au Cameroun en 2004, au Togo et au Gabon en 2005, au Tchad en 2006. Soit, comme on aimerait le croire, le niveau d’exigence démocratique augmente et c’est une très bonne chose, soit ce niveau d’exigence est à géométrie variable, suivant la plus ou moins grande compréhension des présidents à l’égard des intérêts des grandes puissances. L’avenir donnera la réponse.

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 158 - Mai 2007
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